Les palettes, les coûts, la grille de décision et les clauses pour qui décide
Troisième volet de la série des Pactes, après « Les pactes du sol » et « Le pacte de l’air », en trois épisodes. Newsletter « Oasis ». Yves Nicolas, expert-conseil en écologie fonctionnelle, yvesnicolas.com.
L’essentiel pour qui décide
Le premier épisode a posé le pacte : on choisit le site, on protège le sol, on plante la charpente et l’on sème les vides, on pose un cadre lisible, une passerelle sur pilotis et quelques clairières, on retire les invasives deux fois par an, on apporte du broyat de bois chaque année, et pour le reste on laisse la nature choisir. Trois règles, une seule intervention, un apport. Cet épisode dit comment on l’assemble sur le terrain, et combien cela coûte.
Le module. Un bosquet de 225 à 400 mètres carrés, douze mètres de large au moins, sur un seul circuit de champignons, est la plus petite surface où la nature fabrique son propre climat. On le trouve partout, pied d’immeuble, parking, cour d’école, talus, rond-point, angle de square, et on le répète en maillage au plus près des fenêtres. Chaque espace a sa palette, donnée en exemple ; chaque projet demande son étude du milieu, local d’abord.
L’hectare. Un hectare type, de l’année zéro à la vingtième : lire avant de dessiner, la passerelle d’abord, trois ans d’établissement, puis le retrait. Ce que ce plan prouve, et ce qu’il ne prouve pas.
Ce que cela coûte et rapporte. À Rennes, la comptabilité analytique donne 2 800 heures par hectare et par an pour un jardin très fleuri, 90 pour un espace de nature. La passerelle se paie une fois, 250 à 650 euros le mètre. Le calendrier d’un élu, la grille de décision et les clauses de cahier des charges ferment l’épisode. Le troisième épisode traitera du parc en creux.
1. Du module de 400 m² à l’hectare : le jardin laissé libre idéal
Les chapitres précédents ont donné des règles. Celui-ci les assemble sur le terrain, pour qu’un élu, un directeur des espaces verts ou un paysagiste voie à quoi ressemble l’ensemble, et dans quel ordre on le construit. Il rassemble trois textes : celui-ci, « Les pactes du sol », qui dit comment un sol se tient, et « Chaleur en ville : la solution est sous vos arbres », qui dit comment un arbre rafraîchit. Il le fait à deux échelles. D’abord la plus petite, celle par laquelle une commune devrait commencer : un module de 400 mètres carrés, que l’on trouve partout et que l’on répète. Ensuite la plus grande, l’hectare, quand la place existe.
Où trouver la place
Un hectare libre au cœur d’une ville, cela se rencontre une fois par mandat. Deux ou trois cents mètres carrés, cela se rencontre à chaque coin de rue, à condition de regarder. Quand Gilles Clément et l’agence Coloco ont inventorié pour Montpellier, en 2010, les délaissés de la ville, ils ont compté 139 friches : 34 talus, 24 petites friches, 21 micro-espaces, 19 délaissés d’alignement de voirie, 14 voiries délaissées, et seulement 27 grandes friches. Établi pour cette ville. La matière première d’une ville, ce sont ses petits espaces.
Il faut y ajouter ceux que l’on ne regarde pas comme des espaces : la pelouse en pied d’immeuble ou en cœur d’îlot que le bailleur fait tondre toutes les deux semaines, l’angle de square où personne ne s’assoit, le terre-plein entre deux voies, le rond-point, la cour d’école que Paris transforme en cour Oasis au rythme d’une vingtaine par an, et le parking de surface. Vingt places de stationnement de 12,5 mètres carrés chacune font 250 mètres carrés. Voilà, à peu près, la taille d’un module.
Le module de 400 mètres carrés
Pourquoi 400 mètres carrés, soit un carré de vingt mètres de côté ? Parce qu’un bosquet a besoin d’un cœur. À Davis, en 1991, la baisse de température atteignait 4,5 degrés dans les cinq premiers mètres sous le couvert, et 6 degrés plus en profondeur. Un bosquet qui n’a pas d’intérieur à plus de cinq mètres de ses bords n’est qu’une lisière. À vingt mètres de côté, le cœur fait dix mètres sur dix. À quinze mètres de côté, soit 225 mètres carrés, il existe à peine : c’est la surface minimale, et la forme ne descend jamais sous douze mètres dans sa plus petite dimension. En dessous de douze mètres de large, on n’a plus un bosquet mais une haie, utile comme corridor, mais qui ne fabrique plus son propre climat. Et l’on préfère une forme ramassée, proche du carré, à une bande : les travaux conduits à Wageningen sur Amsterdam, Londres et Paris, publiés par Wu et ses collègues en 2025, montrent que les formes compactes gardent un intérieur plus frais. Établi pour le principe ; les seuils de quinze et vingt mètres sont une déduction de ma part à partir de ces mesures.
Le précédent existe. Les micro-forêts que suit Earthwatch au Royaume-Uni font environ 200 mètres carrés, la taille d’un court de tennis. Je leur emprunte la taille, pas la densité : elles plantent trois arbres par mètre carré, six cents arbres sur le court, ce qui contredit la règle de l’eau de « Chaleur en ville », et la revue de 2025 que j’y citais rappelle que leurs bénéfices manquent encore de démonstration sur la durée.
Ce que contient un module. Un seul bosquet, de deux à quatre essences, sur un seul circuit de champignons, et autant d’étages que l’eau le permet. Un grand arbre adulte couvre soixante à quatre-vingts mètres carrés : on en loge trois, avec deux ou trois petits arbres, des arbustes, et une strate basse laissée libre, soit 60 à 75 % de couvert à maturité. Deux variantes suffisent pour commencer. Le module frais, là où l’eau de la chaussée ou d’un toit peut arriver : trois tilleuls à petites feuilles, des arbustes de sous-bois, trois étages. Le module sec, là où elle n’arrivera pas : un érable champêtre, des aubépines, un cornouiller sanguin, un poirier sauvage, deux étages seulement. Près des façades, on écarte les Bétulacées, aulne, charme, noisetier, pour leur pollen, et les chênes forts émetteurs d’isoprène, comme on le verra pour l’hectare.
La strate basse est la part laissée libre. On y sème des couvre-sols, des vivaces fixatrices d’azote comme le lotier et le trèfle, des bisannuelles, et dans le module sec un ou deux arbustes fixateurs, argousier ou baguenaudier, au cœur ; puis la nature fait ses choix entre les troncs. Sur un module, la bande de trois mètres sans plante toxique couvre déjà la moitié de la surface : les plantes toxiques n’y vont qu’au cœur, à plus de trois mètres de tous les bords, et jamais dans une cour d’école.
Ce que l’on enlève à cette échelle. Ni passerelle, ni clairière, ni lisière de deux mètres : elles mangeraient tout. On n’entre pas dans un module, on le regarde depuis le trottoir, qui joue le rôle de la clairière, comme on regarde l’île Derborence depuis le parc Matisse. Le cadre se réduit à un rebord légèrement plus haut que le paillis de bois raméal qui couvre tout le module, éventuellement doublé d’une clôture à claire-voie d’un mètre, et à un panneau daté. Pour une école, une courte avancée de bois de deux ou trois mètres permet de se pencher au-dessus sans marcher sur le sol. L’eau arrive par une ouverture de bordure avec son panier, ou par une descente de toit détournée, et trois ou quatre oyas de cinquante litres font la réserve des trois premières années. Le poste principal du budget devient la bordure et l’entrée d’eau ; la passerelle, qui faisait l’essentiel de l’investissement de l’hectare, disparaît.
Dans le Midi, un module à moins de vingt mètres d’une façade se compose de feuillus peu combustibles, sans genêts ni graminées hautes, et sa strate basse est faite de couvre-sols bas et de vivaces, fauchée une fois avant le 15 juin.
Ce que le module ne fait pas, il faut le dire aussi. Seul, il abrite moins d’espèces qu’un hectare, et il ne rafraîchit guère que ses abords. Sa valeur est dans le nombre.
Le maillage : des modules groupés, au plus près des fenêtres
Un module isolé est un arbre de plus. Dix modules bien placés sont un quartier qui change de climat. La même thèse de Wageningen a montré que c’est la disposition de plusieurs petits espaces verts groupés en grappe qui rafraîchit le plus leurs alentours. C’est la confirmation, mesurée, de ce que « Chaleur en ville » demandait : des bosquets plutôt que des arbres seuls.
La règle de placement découle de trois chiffres déjà cités. Les trois arbres visibles depuis chaque fenêtre de Konijnendijk : un module en apporte trois d’un coup. Le seuil de 40 % de couvert dans un rayon de soixante mètres autour des logements, mesuré par Ziter : c’est environ 4 500 mètres carrés de couronnes, et avec 300 mètres carrés de couronne par module, il en faudrait une quinzaine pour l’atteindre à eux seuls. Les modules ne remplacent donc ni les parcs ni les arbres existants ; ils comblent les trous du maillage, là où le couvert manque, au plus près des logements. Et la règle de dix, vingt, trente de Santamour à l’échelle de la commune : on varie les essences d’un module à l’autre, pas à l’intérieur.
Je propose donc de les poser par grappes de deux ou trois, à moins de soixante mètres des immeubles les moins couverts, et de les relier entre eux par des haies basses le long des rues, que la typologie de Montpellier appelle des vecteurs, et qui servent de chemin aux insectes et aux oiseaux d’un module à l’autre. Hypothèse pour le gain de biodiversité d’un tel réseau, que je n’ai pas trouvé mesuré à cette échelle ; établi pour l’effet de grappe sur la chaleur.
Une commune qui a vu naître trois modules en deux ans aura moins de mal à accepter l’hectare. C’est l’ordre que je recommande.
Les palettes, espace par espace
Un avertissement d’abord, qui vaut pour toutes les listes de plantes de cet article, celles des palettes comme celles du parc en creux. Les propositions qui suivent sont succinctes, et ce ne sont que des exemples. Pour chaque projet, il faut une étude très poussée du milieu, le sol, l’eau, l’ombre, le vent, l’histoire du terrain, et des possibilités de végétalisation locale, en priorité : local, c’est-à-dire les espèces qui vivent déjà dans la région biogéographique du site et qui sont repérées sur place. Mais local en observant les variations du site par rapport au réchauffement climatique, car le milieu d’aujourd’hui n’est plus tout à fait celui des flores, et une espèce du coteau sec d’en face peut être demain mieux à sa place qu’une espèce du fond humide, si le fond se dessèche. Ensuite seulement, pour des raisons d’esthétique à long terme, on ajoute certaines essences, choisies une à une, de manière à donner une direction un peu plus esthétique à la nature : une floraison là où le regard s’arrête, une écorce pour l’hiver, un port qui structure la lisière. C’est cette part-là, et seulement elle, qui est de la composition ; le reste est de l’observation. Et il faut savoir que les choix peuvent parfois être déroutants, et inclure des végétaux qui n’ont rien à voir avec le site. Je ne m’en excuse pas : la nature a inclus depuis longtemps certaines espèces exotiques dans ses schémas. Le marronnier des cours d’école vient des Balkans, le platane des boulevards est un hybride né dans un jardin, le noyer et le châtaignier sont arrivés avec les Romains, le lilas et le figuier tiennent les vieux murs des villages, la vergerette couvre les joints de pavés, et personne ne les lit plus comme des étrangers. Ce que j’écarte, ce n’est pas l’exotique, c’est l’envahissant inscrit sur les listes, celui qui prend la place sans la rendre ; ce que je garde, c’est ce qui a déjà trouvé sa place dans le jeu, et qui parfois le fait mieux que l’indigène là où le sol est un remblai et le climat celui de demain. Une palette ne se recopie pas d’un lieu à l’autre. Je la construis toujours de la même façon, et c’est cette façon que je donne ici, appliquée aux espaces que l’on trouve le plus facilement en ville. La charpente, arbres et arbustes, est indigène autant que possible et de préférence sous la marque Végétal local, et elle tient sur un seul circuit de champignons par bosquet, comme « Les pactes du sol » le demande. La strate basse, elle, s’ouvre aux vivaces de jardin, géraniums, sauges, lavandes, lamiers, à une condition : qu’elles tiennent sans eau ni engrais une fois installées, et qu’aucune ne soit signalée comme envahissante. J’assume une exception, et je l’écris pour qu’on ne me la reproche pas : l’Erigeron karvinskianus, inscrit ici ou là sur des listes de surveillance, court les murs et les joints de pavés. C’est précisément pour cela que je le garde : en pleine ville, loin de tout milieu naturel, une plante qui colonise le minéral et fleurit du printemps aux gelées est une aubaine. Près du littoral et des milieux naturels, on s’en passe. C’est elle qui donne au public les fleurs qu’il attend, et c’est elle qui fait accepter le sauvage. Toutes celles que je retiens vivent avec les champignons arbusculaires : elles nourrissent le même réseau que le reste. Les plantes sans champignons, les crucifères en tête, restent groupées dans un coin ou écartées. Et partout, le sol est couvert de bois raméal fragmenté, contenu par un rebord. À chaque composition s’ajoutent des annuelles et des bisannuelles qui se ressèment abondamment, bleuet, nigelle, coquelicot, Cosmos sulphureus, onagre, rose trémière, myosotis à l’ombre, et des vivaces qui colonisent, achillées, ancolie, pois de senteur vivace. Ce sont elles qui comblent chaque année les vides, là où une touffe a disparu, où le paillis s’est éclairci, où un passage a arraché une invasive, et c’est la nature qui choisit où elles reviennent. On les sème à l’implantation, avant de pailler, car une graine ne germe pas sous une couche épaisse de bois broyé, et l’on garde un paillis plus mince dans les vides et sur les bords. Les plus toxiques, ancolie, pavots, pois de senteur, restent au cœur, loin des passages, et jamais à l’école.
Les annuelles qui se ressèment : semées une fois, elles comblent chaque printemps les vides.
Les vivaces qui se ressèment, là où le lieu les accepte. L’ancolie, toxique, loin des passages.
Le pied d’immeuble
Deux variantes, selon que l’eau arrive ou non. Là où une descente de toit peut être détournée, le module frais pose trois tilleuls à petites feuilles, avec un charme en cépée du côté opposé aux fenêtres, car son pollen est allergisant. Là où l’eau n’arrivera jamais, et c’est le cas le plus courant, le module devient un verger sauvage : un érable champêtre, un alisier ou un poirier sauvage, des amélanchiers, des aubépines, un cornouiller mâle, des églantiers, un argousier qui fixe l’azote, et des framboisiers en lisière. Tout s’y mange. C’est un argument que les bailleurs entendent.
Dessous, l’ombre reçoit le lamier jaune, Brunnera macrophylla, Geranium endressii et le myosotis, et au cœur seulement, à plus de trois mètres des bords, les plantes que l’on ne touche pas : la consoude du Caucase et de Russie, l’anémone du Japon en terre légère, l’ancolie. Le soleil reçoit le géranium ‘Rozanne’, Geranium psilostemon, les lavandes, les sauges microphylla et greggii, l’onagre, la bourrache, l’origan, la carotte sauvage et le bouillon-blanc. Le fil des couleurs va du bleu du printemps au rose des anémones d’automne.
Les vivaces qui se ressèment, là où le lieu les accepte. L’ancolie, toxique, loin des passages.
Le parking
Vingt places sur une rangée font une haie, pas un bosquet. On retire donc une travée entière, les deux rangées et leur allée, soit environ seize mètres sur vingt-cinq. À l’entrée d’eau, une bande de graminées robustes, fauchée et exportée chaque année, retient les métaux et les résidus de pneus.
Au centre de la travée, un érable de Montpellier donne la couronne dense qui fait le cœur frais du bosquet. Aux deux extrémités, côté voitures, deux féviers ‘Sunburst’, sans épines et presque sans gousses, jettent sur les capots une ombre dorée et légère sous laquelle la strate basse fleurit encore. Sur le bord le plus ensoleillé, un parrotia de Perse pour son écorce et son automne. Côté vent, un Elaeagnus × ebbingei, persistant, qui fixe l’azote et parfume octobre. À la jonction avec le module voisin, un arbousier. Ce module voisin est planté de noisetiers de Byzance, l’une des essences dont « Chaleur en ville » cite le rafraîchissement mesuré, sur l’autre circuit, celui des champignons à chapeau. L’arbousier est la passerelle entre les deux : sa mycorhize particulière le branche sur les champignons des arbres voisins, exactement comme je l’ai décrit dans « Les pactes du sol ».
La strate basse se lit du bord vers le cœur. Sur les trois mètres de bordure, le plumbago rampant, bleu gentiane d’août à octobre, et quelques touffes de serpolet pour tenir le printemps. Plus loin, en plein soleil, la gesse à larges feuilles, magenta tout l’été, qui fixe l’azote mais dont les graines restent loin des portières, avec les lavandes, la cataire, les perovskias, les oreilles d’ours, les sauges, la valériane rouge, la gaura, les orpins. À l’ombre de l’érable, un tapis de lamier jaune. Bleu, magenta, jaune : la palette reste belle par trente-cinq degrés.
L’arbousier porte en automne ses fleurs et ses fruits. À son pied, le plumbago rampant.
La cour d’école en escargot
La cour d’école a ses propres lois. Les enfants touchent tout, goûtent parfois, courent jusqu’au bord. Aucune plante toxique n’y est donc accessible, et l’on y écarte aussi les épines au bord, les fruits à coque pour les allergies alimentaires, les fruits qui tachent les vêtements et les pollens allergisants. Les règles de construction donnent l’ordre de grandeur de la surface : 400 mètres carrés pour la première classe de maternelle et 200 pour la première classe d’élémentaire, plus 100 par classe supplémentaire, soit autour de mille mètres carrés pour une école ordinaire.
Il y a plus. L’école ferme deux mois, de juillet à la fin août, au moment même où il fait le plus chaud. On n’a donc pas besoin d’ombre en plein été, mais en juin et en septembre. On a besoin de soleil en hiver et au printemps, pour la cour comme pour les classes. Il faut des arbres caducs qui font leurs feuilles tard, avec une couronne large et légère. Et rien ne doit dépendre d’une présence l’été : l’arrosage d’implantation est entièrement automatique, avec une alerte en cas de panne, et les deux passages annuels se calent sur le calendrier scolaire, fin juin avant la fermeture, fin août avant la rentrée, pour que la cour retrouvée paraisse soignée.
D’où une forme que je n’ai proposée pour aucun autre espace : l’escargot. Une seule bande plantée, de trois mètres et demi de large, s’enroule en spirale depuis un angle de la cour jusqu’au bord de la clairière centrale, sur environ soixante-cinq mètres. Elle couvre un peu plus de deux cents mètres carrés ; tout le reste, les allées entre les tours et la clairière du centre, est la cour, environ huit cents mètres carrés de jeu sur un sol clair et perméable. Le long de la spirale, les arbres décroissent du plus grand au plus petit : un févier sans épines au départ, de quinze à vingt mètres, placé du côté du soleil de l’après-midi ; un catalpa près du bâtiment, aux fleurs blanches de juin et aux longues gousses d’hiver ; un mûrier blanc femelle d’une variété à fruits blancs, qui se mangent au début de l’été sans tacher ; un érable à écorce de papier, dont l’écorce cannelle se détache sous les doigts ; un pommier pourpre choisi parmi les variétés résistantes à la tavelure ; et à la fin, au bord de la clairière, un albizia en ombrelle, d’une variété donnée pour stérile par son obtenteur, qui n’y a jamais observé ni fruit ni graine. Les arbustes poursuivent la descente, amélanchiers, arbousiers, Elaeagnus × ebbingei et framboisiers jaunes au départ, ces derniers en retrait du bord pour leurs aiguillons, groseilliers blancs et cornouiller mâle au milieu, vivaces à toucher à la fin. Contre les murs, la vigne et le houblon sur treillis décollé. Pas de kiwi : sans arrosage pérenne, il souffre trop à la première sécheresse, et ici l’arrosage se coupe au bout de trois ans. Au fond de la spirale, un lierre panaché à petites feuilles en couvre-sol, qui ne fructifie pas tant qu’il reste au sol, et que l’on coupe sur les troncs à chaque passage, avec des touffes de Brunnera.
Reste le point faible de l’escargot, et je l’écris avant qu’une cour ne me l’apprenne : les enfants auront envie de franchir la bande. Trois mètres et demi, pour un enfant qui court, c’est un défi plus qu’un obstacle, et tous les franchissements passent au même endroit : en quelques semaines de récréation, plus rien n’y pousserait. On ne gagne pas ce bras de fer par l’interdiction, on le gagne en l’organisant. D’abord trois passages assumés : trois petites passerelles de bois qui enjambent la bande au-dessus des plantes, posées sur les rebords, là où le raccourci est évident, l’une entre le catalpa et le mûrier face aux portes, les deux autres de part et d’autre de la clairière. C’est la règle 2 à hauteur d’enfant : on traverse au-dessus de la vie, jamais au travers, et l’envie de traverser a ses portes. Ensuite une rive qui se défend : le rebord un peu plus haut qu’ailleurs, et les arbustes serrés en bord de bande, amélanchiers et groseilliers, qui font vite une petite haie que l’on contourne. Les deux ou trois premières années, le temps que cette haie se ferme, une ganivelle basse à claire-voie protège les tours les plus tentants, posée comme un outil de chantier et retirée ensuite. Et surtout, on assume le côté pédagogique, dès le plus jeune âge : la nature vit, et elle se respecte. Chaque classe adopte un tour de la spirale et y fait son compte d’espèces. Si malgré tout les enfants ouvrent un passage sauvage dans la bande, on ne le répare pas en silence : on y retourne avec eux et on leur montre les dégâts, la terre tassée où plus rien ne lève à côté de la terre vivante où tout pousse. C’est la leçon de sol la plus parlante qu’une école puisse donner. L’enfant ne piétine pas ce qu’il surveille, et encore moins ce qu’il a vu abîmé.
Chaque saison scolaire a son fruit : l’elaeagnus en avril, l’amélanchier et le mûrier en juin, les framboises jaunes, les cornouilles et le raisin à la rentrée, les arbouses en novembre. Le panneau peut porter ce calendrier.
On me demandera si la spirale aide la clairière centrale à évacuer la chaleur. Le centre ouvert chauffe, l’air y monte, et un air plus frais arrive des bords ombragés ; la nuit, ce centre rayonne vers le ciel. Ces deux effets tiennent au centre ouvert et aux bords ombragés, et la spirale y ajoute seulement un couloir continu par où l’air des bords peut venir. Je n’en connais aucune mesure à cette échelle : hypothèse. Mais c’est une expérience que les élèves peuvent faire eux-mêmes, un après-midi chaud de juin, avec des bulles de savon, quelques rubans sur des piquets et deux thermomètres.
L’escargot des bois : la plus ancienne spirale du vivant, et celle que les enfants reconnaissent.
La cour d’école en escargot : une bande plantée en spirale, trois passerelles, une clairière au centre.
Le lierre, jeune au sol et adulte en fleurs, et le souci, sans danger, qui se ressème dans la cour.
Les talus
Le talus est un espace où personne ne passe, et le plus sec de tous, puisque l’eau y ruisselle au lieu d’entrer. C’est une garrigue qui l’attend. Je l’organise en taches qui alternent le long de la pente, et c’est encore « Les pactes du sol » qui le commande : les cistes et l’arbousier travaillent avec les champignons à chapeau, les filaires, les phlomis, les sauges, les lavandes et le figuier avec les champignons arbusculaires. Des taches plutôt qu’un mélange gardent chaque circuit cohérent, et elles donnent à l’œil le rythme d’une colline plutôt que celui d’une haie.
Le figuier, que l’on plante trop peu sur les talus, va en haut de pente : il tient le sec, mais ses racines puissantes doivent rester loin des murs, des drains et des réseaux, et ses figues tombées ne doivent pas glisser sur la chaussée. Au nord, il ne vient qu’en haut de talus abrité, dans une variété rustique qui fructifie sans l’insecte pollinisateur du Midi. Au nord encore, les symphorines rose et blanche tiennent la pente de leurs drageons et gardent leurs baies tout l’hiver ; la blanche, inscrite en Suisse sur la liste des plantes potentiellement envahissantes, reste réservée aux talus urbains isolés, jamais près d’un bois ou d’une berge. Sur les talus nord humides, le tétrapanax, qu’on taille avec des lunettes et un masque car son duvet irrite, pose ses feuilles géantes au-dessus d’un tapis de lierre, de Geranium macrorrhizum, de Polystichum setiferum, et dans les coins lumineux de jasmin étoilé rampant, Trachelospermum asiaticum ‘Tricolor’ et ‘Theta’.
Sur une pente, le paillis glisse et l’eau file. On plante donc dans des cuvettes en demi-lune, ouvertes vers le haut, qui arrêtent le ruissellement au pied de chaque plant, comme les jessour et les demi-lunes des pays secs ; le bois raméal va dans les cuvettes, et des fascines de branches de taille posées en travers de la pente cassent l’eau entre deux rangs. Le long de la route, une bande rase, sans plante toxique ni inflammable, garde la visibilité et coupe le feu : dans le Midi, cistes et genêts brûlent bien.
Le talus sud en garrigue : demi-lunes qui arrêtent l’eau, fascines, et bande rase en pied.
Le talus nord, à l’ombre : symphorines, tétrapanax, lierre, géraniums et fougères.
Ciste, euphorbe, sauge et lavande en demi-lunes. L’euphorbe, irritante, loin de la route.
Symphorines, géranium et fougère : à l’ombre, ils tiennent la pente.
Giroflée des murailles et pavot de Californie, semés d’eux-mêmes entre les pierres.
Le rond-point
Le rond-point est le seul espace où le public n’entre pas, et c’est ce qui en fait le lieu le plus libre de tous : les plantes toxiques y sont admises partout, sauf dans la bande extérieure où l’agent travaille au bord de la circulation. Sa palette dépend d’abord de son profil. Le rond-point en butte, celui que l’on construit aujourd’hui, évacue l’eau et sèche vite : il appelle une palette méditerranéenne, oliviers, arbres de Judée, albizias, micocouliers, filaires, phlomis, romarins, lavandes, laurier-rose, genêts d’Espagne. Le rond-point en cuvette, celui que « Chaleur en ville » propose de retourner, reçoit l’eau de la chaussée à chaque orage : il appelle une palette de milieu humide, aulnes glutineux et saules au fond, sur un sol gorgé d’eau, quelques mares sur les côtés, sureau, viorne obier, fusain et cornouiller sanguin sur le pourtour drainé, iris des marais, salicaire, eupatoire, reine-des-prés et consoude dans la strate basse.
Sur la croix de grimpantes du rond-point en butte, que le troisième épisode décrit en détail, je préfère au rosier des champs les grands rosiers grimpants remontants qui se passent de taille, ‘New Dawn’, ‘Madame Alfred Carrière’, ‘Ghislaine de Féligonde’, ‘Phyllis Bide’, et au Midi le rosier de Banks. Avec eux, l’akébia, aux fleurs pourpres parfumées d’avril, la bignone à vrilles, orange au printemps, et dans les régions douces la morelle faux-jasmin, blanche ou bleue, qui fleurit tout l’été mais gèle vers moins cinq degrés et porte des baies toxiques, sans conséquence là où le public n’entre pas. L’akébia, envahissante dans l’est des États-Unis, reste à surveiller au moment des passages. Dans les deux cas, la bande extérieure reste sous la hauteur des yeux d’un conducteur, sans plante toxique ni inflammable, et une couronne d’argousiers, d’elaeagnus et de phlomis à hauteur de regard fait ralentir. L’olivier demande une précaution près des logements, car son pollen est allergisant. Et l’on écarte l’aconit : toxique au simple contact de la peau, il mettrait en danger les agents qui font les deux passages annuels.
L’angle de square
Ici, on ne crée rien : on cesse de tondre un coin du parc, au pied des grands arbres qui y sont déjà. Le parc fournit l’ombre, la banque de sol et le public ; on ajoute seulement les étages qui manquent, et une lisière tondue qui dit que ce coin est voulu. C’est l’arbre en place qui décide de la palette. Sous un platane, un érable ou un marronnier, on reste sur le circuit des champignons arbusculaires ; sous un tilleul ou un chêne, on ajoute noisetier et charme en sous-étage, et une strate basse de l’autre circuit, comme dans une chênaie.
À l’ombre, l’hortensia à feuilles de chêne et la kerria du Japon à fleurs simples font le sous-étage, et le sol se couvre de Geranium macrorrhizum, de Brunnera, de lamier jaune, d’épimédiums, de Polystichum setiferum, de Strobilanthes penstemonoides, pourpre de la fin de l’été à octobre, que j’observe depuis plusieurs saisons dans mon jardin de Meudon, d’anémones du Japon et d’asters à rameaux étalés, parmi les rares vivaces qui tiennent l’ombre sèche sous les racines des grands arbres. Dans les parties plus lumineuses, l’Elaeagnus × ebbingei ‘Limelight’, que je garde quand j’écarte l’olivier de Bohême, car l’hybride fructifie peu et ne figure pas sur les listes d’invasives, avec une surveillance sur le littoral, les cognassiers du Japon en retrait des allées pour leurs épines, l’hibiscus de Syrie, qui feuille tard et fleurit d’août à septembre, dans une variété peu fertile car il se ressème beaucoup, les lavatères ‘Barnsley’ et ‘Rosea’, les lavandes, les romarins et les thyms, les sauges greggii et microphylla, et dans les coins frais la sauge des marais, bleu ciel à l’automne.
La première année, on arrête la tonte et l’on regarde ce que la pelouse contenait déjà, avant de planter : souvent plus qu’on ne croit. On plante ensuite dans des fosses ouvertes à la bêche, sans retourner le sol, pour ne pas casser le réseau sous l’arbre existant. Le public marchant tout autour, avec ses enfants et ses chiens, la bande de trois mètres le long des allées reste sans plante toxique ; l’hellébore, la digitale et l’ancolie vont au cœur. Au-delà de deux mille mètres carrés, une passerelle basse et une clairière avec un banc, comme pour l’hectare. Et le panneau peut tout dire en une phrase : ici, on ne tond plus.
Meudon, début octobre : un strobilanthes en fleurs à l’ombre, sans arrosage ni engrais.
L’ombre du square : hortensia à feuilles de chêne, kerria à fleurs simples et brunnera.
La lumière du square : cognassier du Japon, abélia et géranium.
Le grand format : un hectare
Quand la place existe, la même logique s’étend, et elle gagne ce que le module ne pouvait pas offrir : un intérieur où l’on circule sans toucher le sol, des clairières, une zone humide, plusieurs circuits côte à côte. Je pars d’un hectare ordinaire de ville, carré, presque plat, avec un léger point bas dans un angle. Une rue le borde au sud, par où l’on entre. Une autre rue le longe à l’est, et de l’autre côté de cette rue s’alignent des immeubles de logements. Au nord, une vieille haie mitoyenne que personne n’a jamais taillée à blanc. C’est tout. Aucun terrain réel n’est aussi simple, et c’est précisément pour cela que la conception se fait sur place ; mais un plan type montre la logique mieux qu’un long discours.
Vingt ans après : une visite
Commençons par la fin, un matin de juillet, vingt ans après les premiers semis.
On entre par la rue du sud, entre quatre poteaux couverts de houblon qui font un porche. Le panneau donne la date de naissance de l’espace et la liste des espèces relevées l’an passé ; le chiffre a encore monté. À droite et à gauche court une lisière tondue, nette comme un trait de crayon, et derrière elle une bande de fleurs à hauteur de genou où travaillent les abeilles. Le sol de l’entrée est perméable. Dès le troisième pas, on est sur la passerelle de bois, à vingt centimètres du sol, et l’on n’en descendra plus que dans les clairières.
La première clairière s’ouvre tout de suite, rase, avec ses deux bancs. Elle est en plein ciel, et c’est voulu : à Davis, en 1991, sept thermomètres alignés sous un couvert d’arbres ont montré que le feuillage rafraîchit le jour mais retient la chaleur la nuit, en cachant le ciel vers lequel le sol voudrait rayonner. Une ville a besoin des deux, de l’ombre l’après-midi et du ciel ouvert la nuit. Les clairières sont le ciel de l’hectare, les bosquets en sont l’ombre.
À gauche, au sud-ouest, sur la partie haute et la plus sèche du terrain, le verger sauvage. Un érable champêtre domine, entouré de poiriers sauvages, de cormiers et d’aubépines, qui se partagent le même circuit souterrain, celui des champignons arbusculaires, comme je l’ai expliqué dans « Les pactes du sol ». Ce sont des essences économes, qui ferment leurs stomates tôt et tiennent l’été sans arrosage. Sous eux, deux étages en tout, et pas un de plus, parce que cette partie du terrain n’a pas l’eau pour en nourrir un troisième.
Au centre, la prairie haute, la partie la plus ensoleillée. C’est là que la nature a fait le plus de choix. On y avait semé vingt espèces ; on en compte cinquante. Les genêts de la première décennie sont presque tous morts, couchés dans l’herbe, leurs tiges grises rendant au sol l’azote qu’ils avaient pris à l’air. À leur place se dressent de jeunes chênes et des merisiers que personne n’a semés : les geais et les grives s’en sont chargés, perchés sur les poteaux. Les bisannuelles ont migré, la vipérine vers le sec, la cardère vers le frais. Au milieu, sur son poteau à elle, la glycine, à plus de trois mètres de la passerelle, comme ses gousses l’exigent.
À droite, le long de la rue de l’est, le bosquet frais. Des tilleuls à petites feuilles, l’une des essences qui rafraîchissent le mieux parmi celles qu’on a mesurées en ville, avec quelques charmes et des noisetiers en sous-étage. Celui-là est un dépensier : il transpire tout l’été, et il fait de l’ombre aux façades d’en face et au trottoir. Il peut se le permettre, parce qu’il est à côté de l’eau.
L’eau, justement. Au nord-est, au point bas, une noue en pente douce reçoit à chaque orage l’eau de la rue de l’est, entrée par une ouverture de bordure, passée par un panier qui retient les feuilles et les déchets, dosée avant d’entrer. Autour d’elle, des aulnes glutineux et des saules, qui portent les deux circuits de champignons à la fois et, pour l’aulne, une bactérie qui fixe l’azote. Ces arbres vivent les pieds dans une nappe qui monte et qui descend ; ici, la nappe, c’est la rue qui la fournit. Quand la noue est pleine, une surverse rend le reste au réseau.
Et au nord, la vieille haie. On ne l’a pas touchée. Elle a servi de banque de sol au premier jour, et elle en sert encore.
Les principes qui commandent ce plan
Ce plan n’est pas une composition, c’est une suite de décisions, et chacune vient d’un texte que vous pouvez vérifier.
La première décision est l’eau, avant les espèces. « Chaleur en ville » s’achève sur une phrase que les oasiens avaient trouvée bien avant nous : on empile autant d’étages de végétation que la réserve d’eau peut en nourrir, jamais plus. C’est pourquoi le dépensier est au bord de la noue et l’économe sur la partie haute, et pourquoi chaque partie de l’hectare n’a pas le même nombre d’étages. Un étagement à trois niveaux sur un sol sec tue les arbres plus vite qu’un sol nu.
La deuxième est le circuit souterrain. « Les pactes du sol » demande de concevoir par circuits et non par listes d’espèces. Le bosquet frais travaille avec les champignons à chapeau, ceux du tilleul, du charme et du noisetier ; le verger sauvage avec les champignons arbusculaires ; la noue avec les espèces à double abonnement, aulne et saule. Trois métiers sur trois ressources. Et sous les arbres à champignons à chapeau, la strate basse appartient à l’autre circuit, l’arbusculaire, comme dans une chênaie, pour que le même décimètre cube de terre soit exploité deux fois ; sous les arbres arbusculaires, elle reste sur le même circuit, puisque les herbacées à champignons à chapeau n’existent presque pas.
La troisième est la composition des bosquets. Deux à quatre essences seulement, une dominante qui donne la structure et des compagnes qui remplissent les étages, avec des architectures différentes mais des besoins en eau compatibles. On ne marie pas un économe et un dépensier sur la même réserve : le dépensier la vide et pousse l’autre vers la défaillance. La diversité, elle, se fait entre les bosquets, et dans la prairie, où la nature trie un semis large.
La quatrième est la santé de ceux qui vivent autour. Près des logements, on choisit des essences à faible allergénicité et à faible émission de composés qui fabriquent l’ozone par temps chaud. Le tilleul passe. Les Bétulacées, aulne, charme, noisetier, libèrent un pollen allergisant au printemps : on les garde à distance des façades, au cœur du bosquet ou au bord de la noue. Les chênes demandent de la prudence, car le chêne pédonculé et le chêne pubescent comptent parmi les plus forts émetteurs d’isoprène ; ceux qui viendront seuls dans la prairie, on les accueille, mais on n’en plante pas en bordure de rue.
La cinquième est la couverture. Pour que des arbres rafraîchissent l’air d’un quartier et pas seulement leur ombre, il faut atteindre une couverture de 30 à 40 % dans un rayon de soixante mètres autour des logements : Ziter et ses collègues ont situé le seuil à 40 % dans le Wisconsin en 2019, les études allemandes entre 30 et 40 %. Les trois bosquets de ce plan couvrent ensemble environ 4 000 mètres carrés, soit 40 % de l’hectare à maturité, et le bosquet frais est le plus proche des immeubles. Hypothèse pour la surface exacte de couronne dans vingt ans ; établi pour le seuil.
La sixième est la banque de sol. « Les pactes du sol » l’a montré : sur des centaines d’essais, les inoculums du commerce échouent dans l’immense majorité des cas, tandis que la terre prélevée sous une plante saine colonise à tous les coups. On porte donc la vieille haie au plan comme zone de prélèvement, on la protège pendant le chantier, et l’on supprime la ligne « inoculum » du budget. Il y a mieux. Un essai néerlandais de six ans, publié par Wubs et ses collègues en 2016, a montré que le sol donneur oriente la végétation qui s’installe vers celle du site d’où il vient. Le choix du sol donneur est donc l’un des paramètres de la direction donnée : on prend la terre sous la végétation que l’on veut voir dans dix ans. Établi pour l’effet ; ce que la haie donnera ici reste à voir, et c’est la nature qui le dira.
La septième est la direction choisie. Rien dans ce plan ne fige ce que le terrain deviendra. Les bosquets plantés sont une charpente ; la prairie semée est une proposition ; les poteaux sont des perchoirs pour les oiseaux qui sèmeront ce que nous n’avons pas prévu. Le relevé annuel ne mesure pas la conformité au plan, il mesure l’écart, et c’est l’écart qui instruit.
L’année zéro : lire avant de dessiner
Revenons maintenant au premier jour. On ne commence ni par le plan ni par la palette, on commence par deux trous.
Un en février, pour voir à quelle profondeur l’eau stationne. Un en mai, au même endroit, pour voir jusqu’où le sol a déjà séché. Ce qui reste entre les deux est la bande où les racines et les champignons peuvent travailler toute l’année. On en fait quatre à six paires sur l’hectare, parce que la partie haute et le point bas ne raconteront pas la même histoire. Si la bande fait quarante centimètres, le site peut porter un arbre. Si elle en fait dix, il faudra la fabriquer, par une butte sur terre lourde ou une décompaction là où des engins sont passés. Si elle n’existe pas, aucune essence ne sauvera la plantation, et l’on reprend le terrain avant de parler de végétaux.
La même année, on fait analyser l’eau dont on disposera, pour le nitrate, qui agit comme un engrais que personne n’a décidé. On repère la banque de sol, ici la haie du nord, et l’on décide de ce qu’on y prélèvera. On lève le point bas, qui commandera la noue. Et l’on obtient du gestionnaire de voirie l’accord pour ouvrir la bordure de la rue de l’est, poser le panier et la surverse. C’est aussi l’année où l’on désigne la personne qui videra le panier et regardera les arbres. Dans « Chaleur en ville », j’ai écrit que celui qui vide le panier doit être celui qui regarde l’arbre ; c’est vrai ici aussi.
Le chantier : la passerelle d’abord
Le chantier tient en une saison, et il suit un ordre qui ne se discute pas.
On pose d’abord la passerelle, environ cent vingt mètres de bois entre l’entrée et les trois clairières, les engins roulant uniquement sur son tracé. C’est elle qui protège le sol de tout le reste du chantier. On creuse la noue, seul terrassement du projet, et l’on pose l’entrée d’eau. On plante les poteaux depuis la passerelle. On pose le réseau d’arrosage enterré, goutte-à-goutte en carrés de cinquante centimètres sous la prairie, oyas de cinquante litres au pied des futurs plants des bosquets. On décompacte là où le diagnostic l’a demandé, on monte les buttes sur la terre lourde.
Puis on plante et on sème, au bon moment, qui n’est pas le même partout. Sur sol léger et drainant, à l’automne, comme « Chaleur en ville » le recommande pour des sujets jeunes et endurcis. Sur terre lourde, en fin d’hiver, après ressuyage, sur butte, parce que « Les pactes du sol » l’a montré : un jeune sujet planté en automne sur argile passe six mois sans air. Les plants viennent jeunes, élevés en pleine terre et non en tourbe, car un plant de pleine terre arrive avec son cortège de champignons. Au contact de chaque racine, une poignée de terre prélevée sous la haie, et du biochar chargé au préalable. Au pied de chaque plant, un mètre carré paillé de bois raméal, et partout où l’on a planté plutôt que semé, le paillis sur toute la surface, contenu par un rebord ; sur les zones semées, on paille une fois les semis levés. Autour, les semis comblent les vides : vivaces, bisannuelles, couvre-sols, et une part de graines d’arbres et d’arbustes pour les générations suivantes, sans laisser un mètre carré de sol nu. On protège les troncs des jeunes arbres les deux premiers étés. Aucun engrais, aucun phosphore soluble : la plante qui le trouve tout prêt renvoie son champignon.
Trois ans d’établissement, puis le retrait
Les trois premières années sont celles de l’échafaudage. L’arrosage enterré fonctionne, en espaçant les apports dès la deuxième année pour forcer les racines à descendre. Les invasives sont arrachées jeunes dans le paillis, deux fois l’an, et le bois raméal est apporté chaque année, un apport qui ne s’arrêtera pas avec l’échafaudage. La lisière est tondue, la passerelle vérifiée. Et l’on suit trois indicateurs simples, ceux que proposait « Les pactes du sol » : le taux de colonisation des racines sur quelques prélèvements, la présence de mycélium sous le paillis, le comportement à la première canicule.
La première année, les annuelles semées fleurissent entre des rosettes, une levée de trèfle et de lotier et les premières fleurs de vivaces. La deuxième, les bisannuelles montent et l’espace fleurit en grand ; c’est l’année où les riverains changent d’avis. La troisième, les genêts dépassent la hauteur d’un enfant, et les jeunes arbres semés se voient enfin.
À la fin de la troisième année, on coupe l’arrosage, on cesse de semer et de planter, et l’on ne remplace aucun manquant. Le réseau reste en terre pour une sécheresse exceptionnelle. L’espace entre dans la libre évolution. Le concepteur, lui, change de métier : il cesse de diriger et se met à lire.
Dix ans, vingt ans
Vers la dixième année, les genêts atteignent leur âge et commencent à décliner. Les bosquets se ferment, la prairie se couvre de jeunes ligneux venus des oiseaux. Les clairières, fauchées une fois l’an, restent ouvertes. La noue est devenue une petite zone humide, avec ses joncs, ses libellules et ses grenouilles, venues seules. Vers la vingtième, la couverture atteint le seuil où l’air du quartier se rafraîchit, et l’on revient à la visite du début.
Le tableau ci-dessous résume ce calendrier.
Ce que ce plan prouve, et ce qu’il ne prouve pas
Ce plan n’est pas un résultat, c’est une proposition. Chacune de ses pièces s’appuie sur un travail publié, cité dans ce texte ou dans les deux précédents : la bande de sol, la banque de sol et le sol donneur, les circuits souterrains, l’étagement selon l’eau, la composition des bosquets, la couverture à soixante mètres, l’allergénicité et l’ozone, la nuit des clairières. Aucune de ces pièces n’est établie seule dans tous les contextes, et l’ensemble n’a jamais été mesuré tel quel sur un hectare de ville. C’est l’exercice même de l’écologie fonctionnelle : décrire un ensemble qui fonctionne sur le terrain en restant prudent sur chaque pièce. Hypothèse, donc, pour le tout ; et la seule façon de la vérifier est de le construire avec une commune qui accepte de tenir le compte.
2. Pour qui décide
Ce chapitre s’adresse à l’élu, au directeur des espaces verts, au maître d’ouvrage. Il ne raconte plus, il donne des ordres de grandeur, une grille et des clauses.
Coûts comparés, en heures par hectare et par an, d’après la comptabilité analytique de Rennes publiée par Plante & Cité, à multiplier par votre coût horaire chargé :
Je ne mets pas de chiffre en face de la dernière ligne, parce qu’il n’existe pas encore de comptabilité publiée pour ce type de gestion en France. Ce que l’on peut dire : le poste principal est la lisière tondue, dont la surface se calcule (deux mètres de large sur le périmètre), le second est la fauche annuelle des clairières (0,2 à 0,5 minute par mètre carré, Plante & Cité 2019), le troisième les deux passages sur les invasives, rendus rapides par le paillis, le quatrième la vérification de la passerelle. Sur un hectare de forme carrée, la lisière fait 800 m², les clairières 1 500 m², et le tout se situe, en ordre de grandeur, entre le code 5 et le code 4. Hypothèse, à vérifier sur votre premier site, et c’est une des choses que je propose de faire avec vous.
L’investissement se fait en deux temps. D’abord la passerelle : 250 à 650 euros le mètre linéaire hors taxes en valeur 2018 pour du chêne ou du robinier local sur pilotis, hors garde-corps et hors maîtrise d’œuvre. Sur un hectare, 120 à 250 mètres de passerelle suffisent, soit 30 000 à 165 000 euros, une fois, pour vingt ans et plus. Ensuite l’implantation du chapitre 4 du premier épisode : les plants de la charpente, arbres et arbustes du maillage avec leurs fixateurs d’azote, les semences de vivaces, de couvre-sols et de ligneux qui combleront les vides, et le réseau d’arrosage enterré, goutte-à-goutte ou oyas. Ce poste se chiffre site par site, mais il pèse peu à côté de la passerelle, car on plante jeune, et la graine coûte une fraction du prix d’un plant. À comparer avec les 2 800 heures par an que coûte le même hectare en code 1.
Le calendrier d’un élu. Un mandat municipal dure six ans, et qui décide veut un résultat visible avant d’en rendre compte. C’est une donnée de conception, pas une objection, et la méthode y répond terme à terme. L’année du chantier, la passerelle et la charpente plantée donnent au lieu sa forme : il n’y a pas un jour de terrain vague. La première année, les annuelles fleurissent entre les jeunes arbres, et le panneau date la naissance. La deuxième, l’espace fleurit en grand, et c’est l’année où les riverains changent d’avis. La troisième, les arbustes dépassent la hauteur d’un enfant, les genêts couvrent le printemps de jaune, l’arrosage se coupe, et les coûts d’entretien ont déjà basculé. L’élu qui plante au début de son mandat inaugure donc un lieu établi avant de repasser devant les électeurs. Le bois, lui, viendra au mandat suivant, mais personne ne l’attend pour juger : ce que le public aime, dès la deuxième année, ce sont les fleurs.
Grille de décision. La surface décide d’abord du format. En dessous de 225 m², ou de douze mètres de large, on plante une haie, pas un module. De 225 à 2 000 m², c’est un module ou une grappe de modules : un bosquet, regardé depuis l’extérieur, sans passerelle ni clairière ; on vérifie seulement l’entrée d’eau possible, le sol, et le porteur local. Au-delà de 2 000 m², le grand format devient possible, et il répond oui aux questions suivantes. Peut-on en faire le tour à pied à l’extérieur ? Le cadre doit être vu. Est-il à plus de vingt mètres de toute façade dans le Midi, ou peut-on y ménager une bande rase de cette largeur ? La contrainte de débroussaillement est légale. Le sol est-il stable, sans pollution connue qui imposerait un confinement ? Une friche industrielle demande un diagnostic avant tout. Y a-t-il un porteur local, association, école, conseil de quartier, pour compter les espèces et tenir le panneau à jour ? Sans lui, la friche redevient un terrain vague dans les têtes. Si les quatre réponses sont oui, on y va. Si une seule est non, on la traite d’abord.
Clauses de cahier des charges. Je les donne ici en résumé ; la fiche complète, réutilisable en mission, accompagne cet article.
Sur la protection du sol pendant les travaux : aucun engin, aucun stockage et aucun décapage sur la surface destinée à la libre évolution ; circulation des engins limitée au tracé de la passerelle ; la passerelle est posée avant toute plantation et tout semis. Pour les parcs en creux et tout terrassement : décapage préalable de la terre de surface sur 30 centimètres, stockée à part en andains de 1,50 mètre au plus, non compactés, couverts d’un semis ; zone de stockage et de compostage installée en amont du chantier, alimentée des broyats de la commune, servant à l’ensemencement du parc en bactéries et en mycorhizes à la remise en place.
Sur l’implantation : plantation en sujets jeunes de la charpente, arbres et arbustes du maillage principal choisis en cohérence avec le sol et l’eau disponibles sur le site, avec leurs arbustes fixateurs d’azote indigènes, pionniers à vie courte et compagnons durables, les fixateurs herbacés étant semés, à l’exclusion du robinier, de l’olivier de Bohême, des acacias et de toute espèce inscrite sur les listes régionales d’espèces exotiques envahissantes ; semis de complément dans les vides, en mélange de vivaces, de couvre-sols et d’une part d’arbres et d’arbustes indigènes, à l’automne pour les ligneux, à densité adaptée à un taux d’établissement attendu de l’ordre d’une graine sur cinq ; plants et semences sous marque Végétal local de la région biogéographique du site, ou, à défaut, d’origine locale tracée ; palette justifiée par le titulaire au regard d’un critère esthétique, avec floraison étalée du printemps à l’automne, et comprenant une part de bisannuelles et d’annuelles qui se ressèment ; espèces toxiques semées seulement au cœur, à plus de trois mètres des passages, jamais dans les mélanges de bordure ; aucune espèce toxique pour l’enfant, notamment digitale, ancolie, cytise faux-ébénier, if, laurier-rose, aconit, colchique, datura, ricin et belladone, à moins de trois mètres du platelage, des clairières et de l’entrée ; aucun sol laissé nu après semis ; arrosage d’implantation exclusivement enterré, soit par maillage de goutte-à-goutte enterré en carrés de cinquante centimètres posé avant semis, soit par oyas de terre cuite de cinquante litres enterrées et fermées d’un bouchon de liège, à remplissage automatique programmé à heure fixe ; aucun arrosage par aspersion ; apports espacés dès la deuxième année et arrêt à la fin de la phase d’implantation, le réseau restant en place pour les sécheresses exceptionnelles.
Sur la libre évolution : à l’issue de la phase d’implantation, dont la durée est fixée au marché, aucune garantie de reprise ni aucun regarnissage des plants et semis manquants, la sélection par le site faisant partie du projet ; interdiction d’arroser, de fertiliser, d’amender, de semer, de planter et de tondre à l’intérieur de la lisière, hors clairières ; interdiction d’engin sur le sol ; les rémanents de fauche des clairières sont exportés, les bois morts de la friche sont laissés sur place.
Sur le cadre : une lisière tondue de deux mètres de largeur sur tout le périmètre, coupée quatre à six fois par an ; une bordure ou clôture à claire-voie d’un mètre de hauteur au plus ; un panneau d’entrée daté, renouvelé chaque année, portant la date de naissance de l’espace et la liste des espèces relevées.
Sur les grimpantes : quelques poteaux de chêne ou de robinier purgés d’aubier, ou, pour réduire le coût, de pin ou de sapin non traités à base carbonisée ou posés sur pied métallique hors sol, ou de pin traité en autoclave pour le contact avec le sol, sans arsenic ni chrome ; vingt centimètres de diamètre au moins pour les poteaux porteurs de glycine, en chêne, en robinier ou en pin sur pied métallique ; poteaux implantés depuis le platelage sans engin sur le sol ; glycine sur poteau dédié uniquement, jamais sur un arbre, à plus de trois mètres de tout passage ; grimpantes indigènes, houblon, chèvrefeuille des bois, rosier des champs, sur les autres poteaux.
Sur la circulation : aucun cheminement au sol à l’intérieur de la lisière ; un platelage bois sur pilotis conforme à l’arrêté du 20 avril 2017, largeur 1,40 mètre, pente 5 % au plus, fentes 2 centimètres au plus ; hauteur tenue sous 25 centimètres partout où le terrain le permet, protection latérale dès 40 centimètres de rupture de niveau ; bois feuillu local de classe de durabilité 1 ou 2 purgé d’aubier, sans traitement de préservation, ou, en variante économique, pin traité en autoclave pour le contact avec le sol, sans arsenic ni chrome ; fixations inox ; le titulaire fournit l’essence, la provenance et le calcul de portance.
Sur les clairières : de 200 à 1 000 m² chacune, desservies par le platelage, fauchées une fois par an en fin d’hiver avec exportation, ou pâturées ; en zone méditerranéenne, bande rase de dix à vingt mètres le long des façades et voies, broyée avant le 15 juin, et aucun genêt ni autre ligneux très inflammable dans cette bande ; aucune légumineuse ligneuse en bordure immédiate des passages, des clairières et des aires de jeux.
Sur le paillis : broyat de bois issu des tailles de la commune, bois raméal fragmenté de préférence, sur toutes les surfaces plantées, contenu par un rebord dépassant de quelques centimètres le niveau du paillis ; entrées d’eau munies d’un panier ou d’une grille qui retient le paillis ; sur les zones semées, paillage après levée ; apport de bois raméal chaque année, sur toutes les surfaces paillées, sans interruption, poste inscrit au budget de fonctionnement.
Sur les invasives : deux passages par an par un agent formé, arrachage à la main dans le paillis, arrachage manuel des plants d’ailante de moins de 60 centimètres, fauches propres à la renouée là où elle est présente, avant un mètre de hauteur et sans export de fragments, arrachage des jeunes touffes d’herbe de la pampa et coupe des plumets avant maturité, arrachage de l’ambroisie avant juillet ; arrachage, dans la bande de trois mètres le long du platelage, des clairières et de l’entrée, des plantes toxiques arrivées spontanément, ombellifères vénéneuses, datura, digitale ; interdiction de tout produit phytosanitaire ; interdiction de toute coupe simple d’ailante.
Sur les parcs en creux : profil en pente douce sous le niveau des rues, bordure ouverte avec entrées d’eau munies de grilles et bande enherbée en tête de pente ; trop-plein à seuil réglable, calé par défaut à 30 centimètres sous le niveau de la rue, abaissable jusqu’à 60 centimètres selon les prévisions météorologiques et l’état du parc aval, manœuvré avec la vanne par la même télégestion ; vanne de vidange communicante et régulée au niveau normal de la mare, raccordée au parc aval, manœuvrée selon l’état d’infiltration des sols et les prévisions, dimensionnée pour vider la tranche d’orage en moins de quatre jours ; gestion saisonnière en deux modes : d’octobre à janvier, mode risque, vanne ouverte, seuil de trop-plein au plus bas, mare au niveau d’hiver, vidange après chaque pluie ; de février à mai, mode stockage, fermeture progressive de la vanne, réserve d’été remplie par les pluies de fin d’hiver et de printemps jusqu’à 1 mètre sous la rue ; de juin à septembre, réserve tenue et tranche haute libre pour les orages, vanne et seuil en veille ; réserve d’été jamais pompée, citerne d’arrosage remplie par le trop-plein de printemps ; retour au mode risque fin septembre ; dates de bascule fixées chaque année sur les prévisions saisonnières ; cuvette à pente régulière, sans dépression isolée ; parc à distance du bâti, grands arbres de zone humide à vingt ou trente mètres au moins de toute construction ; tranche d’orage tenue à distance de tout bâti ; réserve d’été raccordable, chez les propriétaires volontaires, à des réseaux de goutte-à-goutte enterrés le long des fondations, pilotés par des sondes de succion à 1 mètre de profondeur avec seuil de déclenchement, sur le modèle de l’expérimentation MACH du Cerema, 3 à 4 mètres cubes par maison et par an ; à l’échelle de la maison individuelle en assainissement non collectif, filtre planté de roseaux traitant l’ensemble des eaux domestiques, citerne intercalée entre le filtre et l’épandage, filtration secondaire en sortie de citerne, réinjection exclusivement souterraine par goutteurs enterrés le long des fondations, sans aucune émission en surface, pilotée par des sondes de succion implantées dans l’argile autour de la maison, réseau faisant le tour complet des fondations, mise en eau progressive, coupure automatique sur dépassement d’humidité, exclusion des murs fissurés en sous-sol, au titre de l’irrigation souterraine de végétaux non destinés à la consommation humaine prévue à l’article 11 de l’arrêté du 7 septembre 2009 modifié, sans stagnation ni ruissellement en surface, hors végétaux destinés à la consommation humaine ; aucune bâche ni géomembrane : mare centrale creusée jusqu’à environ 3 mètres sous la rue, 1,5 mètre d’eau au niveau d’hiver, étanchée par argile compactée seule, 30 centimètres au moins mis en œuvre en couches de 15 à 20 centimètres, argile testée en place et fosse d’essai préalable, étanchement prolongé jusqu’à la cote de la réserve d’été et recouvert de 20 à 30 centimètres de terre, fond jamais exondé ; berges en pente d’un pour vingt, ceinture végétale dense de 2 à 3 mètres, colonisation spontanée pendant deux à trois ans puis compléments indigènes sous marque Végétal local tolérant le marnage ; saulaie d’osier, Salix viminalis, Salix triandra et Salix purpurea, sur la pente entre la cote de la réserve d’été et celle du trop-plein, en taillis à très courte rotation recépé tous les deux ou trois ans, brins exportés ; nénuphars blanc et jaune partout où l’eau permanente atteint 50 centimètres, sur la moitié de la surface environ, scirpe lacustre dans la mare, sagittaire, butome, plantain d’eau, rubanier, renouée amphibie, laîches, jonc épars, iris des marais tenu à l’écart des passages, salicaire, lysimaque commune, populage ; à chaque entrée d’eau, grille et organe de fermeture manœuvrable en cas de pollution accidentelle, cuve de déversement enterrée de type dessableur-débourbeur de 3 à 10 mètres cubes avec cloison siphoïde et panier à déchets, vidée à l’hydrocureuse une à deux fois par an, mare de décantation de 20 à 30 mètres carrés, fond d’argile tenu en eau, curable, puis filtre planté à écoulement vertical implanté sur l’anneau haut au-dessus de la cote du trop-plein, dimensionné à 1 à 2 % de la surface active drainée, 60 à 100 centimètres de gravier 2-8 mm sur drain raccordé à la mare, fond en argile compactée, tranchée de coupe des rhizomes au pourtour ouverte tous les deux ans, planté de roseau commun et de massettes indigènes, Phragmites australis, Typha latifolia et Typha angustifolia, à 6 plants par mètre carré, confiné hors de la mare centrale et fauché chaque automne avec exportation ; filtres recevant les 10 à 15 premiers millimètres de chaque pluie, surverse directe de l’orage vers la tranche de stockage ; suivi de la qualité en entrée et en sortie la première année puis tous les trois ans, matières en suspension, zinc, cuivre, hydrocarbures, chlorures ; plan de curage et d’évacuation des sédiments en filière déchet non inerte inscrit au budget ; myriophylles indigènes admis dans la mare ; aucune espèce inscrite sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, notamment myriophylle du Brésil et myriophylle hétérophylle, et aucune plante aquatique exotique, notamment élodées, vallisnéries, myriophylles d’aquarium, jacinthes d’eau et canne de Provence, aucune espèce protégée ; arbres de zone humide, aulnes glutineux mêlés de saules blancs, cendrés, pourpres et des vanniers, groupés au nord de la mare pour lui laisser le soleil, à distance des réseaux et des fondations ; végétation basse et touffes de graminées sur les autres pentes ; usage : parc d’observation, zone sauvage réservée à la nature, sans accès du public au sol en dessous du niveau de la rue, sans pelouse ni aire de jeux ni accès des chiens ; un belvédère sur la passerelle, avec bancs et garde-corps, pour observer la mare et ses alentours ; platelage sur pilotis praticable en période de remplissage, avec garde-corps sur toute sa longueur, doublé d’un filet à mailles fines en fibre naturelle entre les lisses, sur toute la hauteur, au-dessus de l’eau ; signalétique pendant le remplissage ; surveillance des animaux fouisseurs ; seconde zone filtrante de saules et de roseaux en ceinture autour du trop-plein et de la vanne, prises d’eau équipées d’une cloison siphoïde retenant les flottants ; bambou métake admis en haut de pente seulement, au-dessus de la cote du trop-plein, cannes récoltées hors broyat ; ouvrage de trop-plein raccordé au parc aval ou à l’exutoire, dimensionné et validé par le gestionnaire d’assainissement ; liaison entre parcs en conduite gravitaire à surface libre lorsque le dénivelé le permet, sinon en siphon inversé en charge, avec regards de curage aux deux extrémités accessibles à l’hydrocureuse, point bas de purge, évent au point haut, curage mécanique inscrit au plan d’entretien ; vanne et siphons de sortie de chaîne dimensionnés pour la chaîne entière au débit de fuite autorisé, 2 L/s par hectare drainé, pour une vidange complète en quatre jours ; exutoire final situé sous le niveau de la mare du dernier parc, ou relevage assumé ; étude de sol et avis hydrogéologique préalables.
Sur les ronds-points en butte : poteaux en croix selon deux diamètres perpendiculaires, filets ou câbles inox tendus, grimpantes ; implantation des poteaux validée par le gestionnaire de voirie au regard de la visibilité et des obstacles latéraux, murs abaissés vers la périphérie et arrêtés en retrait de la chaussée ; même mélange de semences dans les quatre quarts, avec relevé séparé de chaque quart. Sur les ronds-points en cuvette : pas de croix ; bordure ouverte avec entrées d’eau munies de grilles, cuve de déversement et mare de décantation à chaque entrée ; arbres de milieu humide groupés au centre, végétation en dégradé vers l’extérieur, mares sur les côtés. Pour les deux : bande périphérique basse et tondue.
Sur les palettes : les listes du présent document sont des exemples ; étude préalable du milieu et des possibilités de végétalisation locale pour chaque projet, en priorité avec les espèces de la région biogéographique repérées sur site, en tenant compte de l’évolution du site sous l’effet du réchauffement ; essences d’accompagnement esthétique ajoutées ensuite, en nombre limité et justifiées ; mélange d’annuelles, de bisannuelles et de vivaces à fort ressemis semé à l’implantation avant paillage, complété par un semis les trois premières années si les vides restent nus, et respecté lors des passages ; arbres et arbustes indigènes autant que possible, de préférence sous marque Végétal local, sur un seul circuit mycorhizien par bosquet ; strate basse ouverte aux vivaces horticoles non invasives tenant sans eau ni engrais une fois installées ; dans les cours d’école, aucune plante toxique accessible, ni épines en bordure, ni fruits à coque, ni fruits qui tachent, ni pollen allergisant, arrosage d’implantation automatique avec alerte et passages fin juin et fin août.
Sur le prétraitement, pour toute zone humide urbaine recevant l’eau d’une chaussée, parc en creux, rond-point en cuvette, module, noue ou mare : grille, cuve de déversement de type dessableur-débourbeur vidée à l’hydrocureuse, décantation à ciel ouvert curable, et filtre planté à écoulement vertical dimensionné à 1 à 2 % de la surface active dès que celle-ci dépasse un hectare ; aucune eau de chaussée admise directement sur le vivant.
Sur les modules : surface de 225 à 400 m² d’un seul tenant, douze mètres de large au moins, forme ramassée ; un seul bosquet de deux à quatre essences sur un même circuit mycorhizien, trois grands arbres au plus ; plantes toxiques au cœur seulement, à plus de trois mètres de tous les bords, aucune dans une cour d’école ; aucun cheminement intérieur, bordure basse ou clôture à claire-voie d’un mètre, panneau daté, avancée de bois de trois mètres au plus en option ; entrée d’eau de chaussée avec panier ou descente de toit, oyas de cinquante litres pendant trois ans ; essences variées d’un module à l’autre dans la commune.
Sur le suivi : un relevé annuel de la flore et des pollinisateurs, distinguant les espèces implantées qui se maintiennent, celles qui disparaissent et celles arrivées spontanément, par une structure naturaliste ou en sciences participatives, dont les résultats figurent sur le panneau et dans le rapport annuel du service.
Ce que je propose. Je ne vends ni plants, ni semences, ni matériaux, ni matériel, et je ne suis lié à aucun fournisseur ni fabricant. Ce que je fais, c’est la lecture du terrain pour choisir le site et tracer la lisière, les clairières et la passerelle ; la conception de l’implantation, plants, fixateurs, mélanges de semences et couvre-sols, choisis pour le sol du lieu et pour l’œil de ses habitants ; la rédaction ou la relecture du cahier des clauses techniques ; l’analyse des devis de platelage, essence par essence ; le suivi des travaux ; la formation des agents au repérage et à l’arrachage des invasives ; et le suivi pluriannuel, avec la comptabilité analytique du site pour que la dernière ligne du tableau ci-dessus finisse par avoir un chiffre.
3. Bilan de cet épisode
Ce que je tiens pour établi dans cet épisode. Les habitants acceptent le sauvage encadré et fleuri et rejettent le sauvage abandonné, et les signes qui font la différence sont connus depuis trente ans. Un espace de nature coûte trente fois moins d’heures qu’un jardin très fleuri. Les passerelles bois sur pilotis en feuillus locaux existent, se chiffrent et durent.
Ce que je tiens pour hypothèse, et que j’aimerais voir mesuré, dans cet épisode. Qu’un module de 225 à 400 m² est la plus petite surface où un bosquet fabrique son propre climat, et que des modules groupés en grappes près des logements rafraîchissent davantage qu’un nombre égal d’arbres dispersés. Que le coût de gestion d’un espace laissé libre selon les trois règles se situe entre les codes 5 et 4 de Rennes.
La suite au troisième épisode, dans « Eau : Réalité et Solutions » : le parc en creux, l’eau de la rue épurée, et l’argile des maisons.
Glossaire
Les mots techniques de cet épisode, dans le sens où je les emploie.
AMO. Assistance à maîtrise d’ouvrage. Le conseil qui aide la commune, le maître d’ouvrage, à définir ce qu’elle veut, à rédiger les clauses et à vérifier ce qui est livré.
ANC. Assainissement non collectif. Le traitement des eaux usées d’une maison qui n’est pas raccordée au tout-à-l’égout : fosse, filtre, puis épandage dans le sol de la parcelle.
Broyat de bois, BRF. Branches broyées étalées sur le sol. Le BRF, bois raméal fragmenté, n’utilise que les rameaux de moins de 7 cm de diamètre, broyés frais : il nourrit les champignons du sol et freine l’herbe.
Cahier des charges, clause. Le document du marché public qui dit à l’entreprise ce qu’elle doit faire et comment. Une clause est une de ses obligations, écrite pour être vérifiée.
Charpente. Les arbres et arbustes plantés au départ, qui donnent la structure du lieu. Le reste viendra par les semis et par la nature.
Clairière. Un espace ouvert de 200 à 1 000 mètres carrés, desservi par la passerelle, fauché une fois l’an, avec deux bancs. Le seul endroit où le public marche sur le sol.
Cloison siphoïde. Une paroi qui plonge dans l’eau devant une sortie. L’eau passe dessous ; ce qui flotte, hydrocarbures, plastiques, feuilles, reste bloqué derrière.
Couvre-sol. Une plante basse et étalée qui couvre la terre nue et la protège du soleil, de la pluie battante et des herbes indésirables.
Curage, hydrocureuse. Le curage retire les dépôts d’une cuve, d’une conduite ou d’une mare. L’hydrocureuse est le camion qui aspire ces boues et lave à l’eau sous pression.
Cuve de déversement, dessableur-débourbeur. Une cuve enterrée à l’entrée de l’eau de la rue. Le sable, la boue et les déchets y tombent avant d’atteindre le vivant ; on la vide à l’hydrocureuse.
Débit de fuite. Le débit maximal qu’un ouvrage a le droit de rendre au réseau ou à la rivière, fixé par le gestionnaire : souvent 2 litres par seconde et par hectare en Île-de-France.
Décantation. Laisser l’eau au repos pour que les particules tombent au fond. Avec elles partent une bonne part des métaux et du phosphore.
Drageon, marcottage. Le drageon est une tige qui sort d’une racine, à distance du pied mère. Le marcottage, c’est une branche qui touche le sol et y prend racine.
Épandage. La dernière étape de l’assainissement d’une maison : l’eau traitée est diffusée dans le sol par des tuyaux enterrés.
Fauche. Couper l’herbe haute une ou deux fois par an et emporter le foin, au lieu de la tondre rase chaque semaine.
Filtre planté. Un bac de gravier planté de roseaux. L’eau le traverse de haut en bas ; les racines et les bactéries qui vivent autour la débarrassent d’une grande part de ses polluants.
Fixateur d’azote. Une plante qui héberge dans ses racines des bactéries capables de prendre l’azote de l’air et de le rendre au sol : légumineuses comme le robinier ou le cytise, aulnes, argousier.
Garantie de reprise. L’obligation pour l’entreprise de remplacer à ses frais les plants morts pendant une durée fixée après la plantation.
Infiltration, ruissellement. L’eau de pluie qui entre dans le sol s’infiltre ; celle qui coule en surface ruisselle. Plus le sol est couvert de bitume ou tassé, plus elle ruisselle.
Inoculum. Une petite quantité de sol vivant, de champignons ou de bactéries, apportée pour ensemencer une terre qui en manque.
Invasive. Une espèce exotique envahissante : introduite par l’homme, elle se répand au détriment des espèces locales. Les listes européenne et française en fixent le nom, comme la renouée du Japon ou l’ailante.
Lisière. La bande de passage entre le bois et l’espace ouvert. C’est souvent la plus riche en espèces.
Marnage. L’écart entre le niveau haut et le niveau bas d’une mare au fil des saisons. Les plantes de berge doivent supporter d’être noyées puis à sec.
MES. Matières en suspension. Les fines particules que l’eau transporte et qui la troublent ; beaucoup de polluants voyagent accrochés à elles.
Mycorhize. L’association entre les racines d’une plante et un champignon du sol. Le champignon apporte l’eau et les minéraux, la plante lui donne des sucres.
Noue. Un fossé large et peu profond, en herbe ou planté, qui recueille l’eau de pluie et la laisse s’infiltrer.
Ozone, COV. Les arbres émettent des composés organiques volatils, les COV. Sous le soleil et avec la pollution des voitures, certains forment de l’ozone, irritant pour les poumons ; c’est pourquoi le choix des essences compte.
Paillage. Une couche de matière posée sur le sol, broyat, feuilles ou paille, pour le garder frais et le protéger.
Parc en creux. Un parc creusé sous le niveau des rues, autour d’une mare sur argile. Il reçoit l’eau des rues, la garde pour l’été, la laisse partir lentement après l’orage et l’épure en chemin.
Passerelle sur pilotis. Un cheminement en bois posé sur des pieux, au-dessus du sol, pour traverser sans le piétiner.
Pleine terre. Un sol naturel en continuité avec le sous-sol, sans dalle ni bac en dessous.
Réserve d’été. La tranche d’eau que le parc en creux garde du printemps pour l’été : elle tient la mare, ses arbres et l’humidité de l’argile.
RGA. Le retrait-gonflement des argiles. Une argile gonfle quand elle se mouille et se rétracte quand elle sèche ; les maisons posées dessus se fissurent.
Saulaie d’osier. Une plantation de saules à osier en taillis, recépée régulièrement. Elle boit l’eau, et la récolte emporte une part des métaux que les saules ont absorbés.
Siphon inversé. Une conduite qui descend puis remonte pour passer sous un obstacle. Pleine d’eau, elle fonctionne par la seule différence de niveau entre l’entrée et la sortie.
Strate. Un étage de la végétation : herbacée, arbustive, arborée.
Surverse, trop-plein. Le trop-plein est le déversoir qui fixe le niveau maximal de l’eau. La surverse est l’eau qui passe par-dessus quand ce niveau est atteint.
Vanne. L’organe que l’on ouvre ou ferme pour régler la sortie de l’eau du parc vers le réseau ou vers le parc suivant.
Références, chapitre par chapitre
Chapitre 1. Clément G., Coloco, Élaboration d’une stratégie de gestion des délaissés de Montpellier, Ville de Montpellier, 2010, inventaire APIEU. Wu Y., Patuano A., Mashhoodi B., Lenzholzer S., Acred A., Zertuche L.N., « How small green spaces cool urban neighbourhoods: optimising distribution, size and shape », Landscape and Urban Planning, 253, 105224, 2025. Wu C. et al., « Estimating the cooling effect of pocket green space in high density urban areas in Shanghai, China », Frontiers in Environmental Science, 9, 657969, 2021. Earthwatch Europe, programme Tiny Forest, première micro-forêt de Witney, 2020. Konijnendijk C., règle 3-30-300, 2021. Santamour F., règle 10-20-30, 1990. Yves Nicolas, « Les pactes du sol », newsletter Oasis, 2026, et ses références, notamment Wubs E. et al., « Soil inoculation steers restoration of terrestrial ecosystems », Nature Plants, 2, 16107, 2016, Koziol L., McKenna T., Bever J., New Phytologist, 246, 821-827, 2025, sur les inoculants du commerce, et Bowles T. et al., Journal of Applied Ecology, 54, 1785-1793, 2017. Yves Nicolas, « Chaleur en ville : la solution est sous vos arbres », newsletter Oasis, 2026, et ses références, notamment Taha H., Akbari H., Rosenfeld A., « Heat island and oasis effects of vegetative canopies », Theoretical and Applied Climatology, 44, 123-138, 1991, Ziter C. et al., « Scale-dependent interactions between tree canopy cover and impervious surfaces reduce daytime urban heat during summer », PNAS, 116(15), 7575-7580, 2019, Rahman M.A. et al. sur le tilleul et le robinier, Loreto F. et al. sur les émissions des chênes, et Cariñanos P. et al., 2019, sur l’allergénicité des espaces verts. Chapitre 2. Plante & Cité, Rennes, 2012, et Plante & Cité 2019, voir épisode 1, chapitre 2. Dynamique Environnement 2018 et Aten 2012, voir épisode 1, chapitre 6. Arrêté du 20 avril 2017, voir épisode 1, chapitre 6. Office français de la biodiversité, Végétal local, voir épisode 1, chapitre 4.