Le pacte laissé libre, 3 : le parc en creux

Un parc public sous ses rues, qui boit l’orage, garde l’eau pour l’été, épure l’eau de la rue et tient l’argile des maisons

Troisième volet de la série des Pactes, après « Les pactes du sol » et « Le pacte de l’air ». Newsletter « Eau : Réalité et Solutions », suite des deux premiers épisodes parus dans « Oasis ». Yves Nicolas, expert-conseil en écologie fonctionnelle, yvesnicolas.com.

L’essentiel pour qui décide

Les deux premiers épisodes ont posé le pacte et ses trois règles, puis le module de 400 mètres carrés, l’hectare type, les palettes, les coûts et les clauses. Celui-ci retourne le parc lui-même.

Le parc en creux. Un parc public creusé sous ses rues, avec une mare sur argile sans bâche, boit l’orage de huit à onze hectares de rues et de toits, garde 1 300 mètres cubes pour l’été, épure l’eau de la rue en sept étages avant de la passer au parc suivant, et sa réserve peut alimenter, maison par maison, le maintien de l’argile sous les fondations du quartier. Il coûte le quart à la moitié d’un bassin enterré, et c’est une réserve de nature que l’on regarde d’un belvédère, pas un parc de jeux. Calculé pour les volumes, démontré pour l’épuration, hypothèse pour l’argile.

Le plan de cet épisode. Le chapitre 1 part du rond-point, en croix puis en cuvette, et arrive au parc en creux : la mare sur argile sans bâche, la végétation, l’usage en réserve de nature, l’épuration de l’eau de la rue en sept étages, les volumes et les durées de pluie, la cascade et le siphon, les précédents de Copenhague, Rotterdam et Lyon, le coût, la vanne et les deux saisons. Le chapitre 2 dit ce que le parc rapporte à la commune, poste par poste, ce qu’il peut pour l’argile de la ville, et ce que la réserve peut faire, maison par maison, avec des goutteurs pilotés par des sondes, jusqu’à la maison de campagne en assainissement non collectif. Le chapitre 3 donne les clauses. Chaque chiffre porte son niveau de certitude : établi, débattu, hypothèse, ou calcul de ma part quand c’est moi qui l’ai fait.

1. Le rond-point en croix, et le parc en creux

S’il est un lieu de la ville où la règle 2 s’applique d’elle-même, c’est le rond-point. Personne n’y marche. Personne n’y pique-nique. Et pourtant on le tond, on l’arrose, on y renouvelle des massifs que les automobilistes regardent trois secondes. C’est le décor du chapitre 2 du premier épisode dans sa forme la plus pure, et c’est aussi le terrain idéal pour un espace laissé libre.

Le rond-point en butte, je le conçois ainsi. Au centre, des poteaux alignés selon deux diamètres perpendiculaires dessinent une croix. Entre eux, on tend des filets ou des câbles d’inox, et l’on y plante des grimpantes. En quelques saisons, la croix devient deux murs végétaux qui se coupent au centre et partagent l’île en quatre espaces séparés. C’est là que l’idée devient belle. Chacun des quatre quarts regarde un point cardinal différent : l’un reçoit le soleil de midi, l’autre l’ombre du matin, un troisième le vent dominant, le dernier la fraîcheur du nord. On y sème le même mélange, et la nature fera, dans chacun, un choix différent. Au bout de trois ans, l’automobiliste qui tourne autour verra quatre natures nées des mêmes graines, et le panneau de l’entrée de ville pourra le lui dire. Je ne connais pas de démonstration plus lisible de ce que j’appelle la direction donnée et la direction choisie.

Le rond-point en croix : quatre quarts, un même semis, et chacun a fait son choix.

Les murs de grimpantes jouent aussi le rôle des signes de soin du chapitre 5 : leurs lignes droites, leurs poteaux réguliers, leur floraison disent à tous que ce lieu est voulu. Le rond-point est enfin le seul endroit où les plantes toxiques ne posent aucun problème, puisque personne n’y entre : la glycine peut y couvrir un bras de la croix sans risque pour personne. Sur les autres bras, les grands rosiers grimpants remontants, l’akébia, la bignone, et pourquoi pas une vigne. Les poteaux de pin traité ou de robinier, les câbles d’inox, quelques sacs de graines, les plants de la charpente et leurs fixateurs : l’investissement est modeste, et l’entretien se réduit à une lisière rase en bordure de chaussée aux deux passages annuels sur les invasives et à l’apport annuel de bois raméal.

Deux réserves, parce que la route a ses règles. La sécurité d’abord : un poteau rigide est un obstacle pour un véhicule qui sort de la chaussée. Les murs doivent donc rester au cœur de l’île, s’abaisser vers le bord, et s’arrêter bien avant lui, et leur implantation se valide avec le gestionnaire de voirie, selon les règles de visibilité et d’obstacles latéraux qu’il applique. La visibilité ensuite : les premiers mètres en bord de chaussée restent bas et tondus pour que l’automobiliste voie les piétons et les véhicules engagés ; au-delà, comme je l’ai écrit dans « Chaleur en ville », une strate arbustive à hauteur de regard garde l’obstacle visuel qui fait ralentir. Ces deux points ne sont pas des objections, ce sont des données de conception, et elles laissent au centre bien assez de place pour la croix.

Le rond-point en cuvette, celui que j’ai proposé dans « Chaleur en ville » avec le rond-point retourné, en cuvette et non en dôme, se dessine autrement. Il n’a pas de croix. L’eau de la chaussée entre par la bordure ouverte, passe par une grille, une cuve de déversement sous le trottoir et une petite mare de décantation, comme pour toute zone humide urbaine, et descend vers le centre ; c’est là, dans le creux, que se groupent les arbres de milieu humide, aulnes et saules, sur un sol gorgé d’eau mais sans eau libre à leur pied. Quelques mares peu profondes se forment sur les côtés, dans les replats de la pente, là où l’eau s’attarde après l’orage. Si l’une d’elles garde au moins cinquante centimètres d’eau toute l’année, on y met un nénuphar. Autour d’eux, la végétation s’abaisse en dégradé vers l’extérieur : les arbustes sur les pentes drainées, puis la prairie humide, puis la bande tondue au bord de la chaussée. Le rond-point devient un petit ouvrage de gestion des eaux pluviales, et sa forme seule suffit à dire qu’il est voulu. Hypothèse, à éprouver sur un premier rond-point avec une commune volontaire.

Le rond-point en cuvette : l’orage descend vers les aulnes et les saules du centre.


Du rond-point au parc en creux

Le rond-point en cuvette n’est que la première marche d’une idée plus grande, et j’en fais la pièce maîtresse de ce pacte : le parc en creux.

L’idée tient en une image : démocratiser les parcs plus bas que la chaussée. Nos parcs sont posés sur la ville, souvent plus hauts que leurs trottoirs, et l’orage qui les frappe file à l’égout comme partout ailleurs. Je propose de les retourner, comme le rond-point : un parc creusé en pente douce sous le niveau des rues qui l’entourent, à niveau de la rue sur ses bords, jusqu’à deux mètres sous elle au centre, et la mare plus bas encore. La bordure est ouverte, et tout ce que le quartier ne sait plus boire descend dans le parc.

Au centre, une retenue d’eau sur couche d’argile. Pas un bassin de béton : une mare assise sur de l’argile compactée, comme je fais tous mes bassins, et que l’on laisse ensuite trouver son équilibre, les petits déséquilibres du début compris, une eau qui sent puis des algues, puis des mousses et des plantes, puis plus rien que la vie. En creusant, cette mare rejoint souvent la couche d’argile sur laquelle la ville est bâtie, et c’est elle qui la rend étanche sans bâche. Aucune bâche, aucune géomembrane : la doctrine publique va dans le même sens, puisque les recommandations de la DREAL des Pays de la Loire pour la création de mares, en 2025, proscrivent la bâche plastique. Établi pour la recommandation. L’argile se travaille comme on l’a toujours fait : au moins trente centimètres compactés, posés en couches de quinze à vingt centimètres, une argile assez grasse pour qu’un boudin roulé entre les doigts se referme en anneau sans se fendre, et une fosse d’essai qui tient l’eau avant de lancer le chantier. Elle tapisse la mare et monte jusqu’à la cote de la réserve d’été, un mètre sous la rue, et on la recouvre de vingt à trente centimètres de terre, car une argile qui sèche à l’air se fend et ne redevient pas étanche quand l’eau revient. Au-dessus de cette cote, plus d’argile rapportée : les pentes de limon et de sol vivant s’imbibent et tiennent humide l’argile sous le parc, au lieu de la laisser se fendre sous une pelouse grillée ; mais elles n’infiltrent qu’une part infime de l’orage, un millimètre par jour sur argile, et c’est la vanne, non le sol, qui vide le parc. Le service du parc est le stockage et le laminage, pas la pénétration ; ce qu’il peut pour l’argile des maisons, j’y viens au chapitre suivant. Autour, la prairie humide, les aulnes glutineux et les autres arbres de milieu humide forment avec la mare un seul organe. Car il faut être précis sur un point : une mare sur argile tient l’eau précisément parce que l’argile est étanche, et ce n’est pas par elle que l’eau descend sous la ville, c’est par les pentes qui l’entourent.

Autour de la mare, les étages du pacte. D’abord les arbres de zone humide, au bord de l’eau, ceux qui supportent le mieux d’avoir le pied noyé quelques jours : aulnes glutineux, saules blancs, cendrés, pourpres et des vanniers, et le peuplier blanc, magnifique mais qui drageonne à plus de trente mètres de son pied, donc réservé aux grands parcs et tenu au cœur du creux, loin des réseaux et des fondations. L’aulne fixe l’azote et tient les berges ; on ne le plante pas seul, car le Phytophthora de l’aulne fait des ravages en Europe. Dans l’eau et sur les berges, la ceinture d’hélophytes fait le reste, et le marnage commande son choix : avec une pente d’un pour vingt, la réserve d’été noie en juin une bande de dix mètres de large qui ressort peu à peu jusqu’en septembre, si bien que chaque plante doit supporter cinquante centimètres d’eau puis l’assec. Les roseaux et les massettes n’entrent pas dans la mare : ils ont leur place dans les filtres, j’y viens à la section suivante. Je laisse la berge se coloniser seule deux ou trois ans, puis je complète par des espèces indigènes sous la marque Végétal local, choisies pour le marnage : dans la mare, qui garde toujours un mètre et demi d’eau, des nénuphars partout où c’est possible, le blanc et le jaune, Nymphaea alba et Nuphar lutea, avec le scirpe lacustre ; leurs feuilles ombrent l’eau et la gardent fraîche, et on les laisse couvrir la moitié de la surface environ, pour que la lumière atteigne encore les myriophylles indigènes, en épi et verticillé, qui oxygènent l’eau le jour ; les myriophylles du Brésil et hétérophylle, interdits en Europe, jamais. En eau peu profonde, la sagittaire et le butome aux ombelles roses jusqu’à quarante centimètres, le plantain d’eau et le rubanier dressé à vingt centimètres ou moins ; sur la bande qui noie et découvre, la renouée amphibie, qui flotte quand l’eau monte et redresse ses tiges quand elle se retire, les laîches des rives et des marais, le jonc épars, l’iris des marais, la salicaire, la lysimaque commune ; sur les bords détrempés, le populage, la menthe aquatique, le myosotis des marais. L’iris des marais est toxique, on le tient à l’écart de la passerelle. Établi pour les profondeurs, relevées sur les fiches d’une pépinière aquatique spécialisée, et pour les statuts. Ces mêmes pépinières vendent au rayon des mares l’élodée dense, les vallisnéries, des myriophylles d’aquarium venus d’Océanie ou d’Amérique, des souchets, des pontédéries et des jacinthes d’eau tropicales, la canne de Provence, et même la grande douve, protégée en France : rien de tout cela dans un parc relié à l’aval. Le rayon n’est pas un label, Végétal local en est un. Leur tenue sous un mètre vingt d’eau pendant deux à quatre jours d’orage est une déduction, car les guides anglais de bassins plafonnent la surcharge à un demi-mètre pour épargner les plantes, et l’orage reste rare. Puis les arbustes, sureau, viorne obier, cornouiller sanguin, fusain. En haut de pente, au niveau de la rue, j’ajoute une exception que j’assume, le bambou métake, Pseudosasa japonica. Je l’utilise régulièrement : il fait des touffes denses, il n’est ni destructeur ni envahissant, et aucune liste française ne le signale, ni celle d’Île-de-France ni celle de Bretagne. Il donne ce que les indigènes ne donnent pas l’hiver, un écran persistant contre la rue, et des cannes que l’on récolte pour les tuteurs du quartier. La Suisse l’a pourtant inscrit parmi ses envahissantes, et sa fiche cite les fragments de rhizomes emportés par les crues. D’où ma seule règle : toujours au-dessus du trop-plein, jamais dans la bande que l’orage noie, pour qu’aucun morceau ne parte vers le parc suivant.

Puis tout le reste du parc, conduit en zone laissée libre selon les trois règles : le cadre lisible en haut de pente, au niveau de la rue ; la passerelle sur pilotis, qui prend ici tout son sens, puisqu’on continue d’y marcher au sec le jour où le parc fait son métier et se remplit ; et une seule clairière, qui n’est pas au sol. Car le principe du parc en creux, je le pose nettement : c’est un endroit où les gens peuvent se poser pour observer la mare et ses alentours, un belvédère sur la passerelle, avec ses bancs, son garde-corps doublé d’un filet à mailles fines entre les lisses, pour le petit enfant et pour l’animal, et sa vue sur l’eau, les aulnes et les roseaux ; mais pour le reste, c’est une zone sauvage, réservée à la nature et non aux humains. Pas de pelouse, pas de pique-nique, pas de chien, pas de pied sur la pente : on vient y regarder, comme on regarde une réserve depuis son observatoire, et c’est depuis ce belvédère que les classes du quartier la regardent aussi. Ce n’est pas le parc de jeux du quartier, c’est son second type de parc, et c’est ce qui règle d’un coup la question de la noyade, celle du piétinement des berges et celle des oiseaux qui nichent dans les roseaux : personne ne descend. Un parc en creux accepte d’être inondé quelques jours par an. Ce n’est pas un accident, c’est sa fonction, et le panneau de l’entrée le dit : aujourd’hui, ce parc boit pour vous.

Le belvédère : le seul endroit où l’on se pose. On regarde la mare, personne ne descend.

Le parc en creux : le quartier penche vers lui, la mare sur argile reçoit l’orage.

Épurer l’eau de la rue

Il faut que ces zones soient un vrai système d’épuration des eaux de voirie, et non un décor qui en a l’air. Nous sommes en ville, et l’eau qui descend de la rue n’est pas l’eau d’une source : elle porte les poussières de pneus, le zinc des toits, les hydrocarbures. Ce qui descend, on le connaît : la méthode du Sétra compte, par hectare de chaussée et par millier de véhicules par jour, une quarantaine de kilos de matières en suspension, 400 grammes de zinc, 600 grammes d’hydrocarbures par an ; pour les huit à onze hectares que protège le parc, cela fait une dizaine de tonnes de matières en suspension et quelques dizaines de kilos de zinc chaque année. Établi. Ce qui marche aussi, on le connaît : les filtres plantés de roseaux à écoulement vertical que le Cerema suit à Moulins-lès-Metz, sur gravier, et à Lingolsheim, sur sable, dont l’eau sort à quelques microgrammes de zinc par litre, moins de cinq à Lingolsheim, et sans matières en suspension mesurables ; et les accotements filtrants que le Leesu a suivis pendant dix-huit mois au bord d’une départementale, où le zinc, le plomb et les hydrocarbures aromatiques sont retenus autour de 90 % pour la plupart des pluies, moins l’hiver quand le sel et les fines passent. Établi pour les concentrations de sortie ; les rendements en pourcentage des ouvrages du Cerema sont des performances attendues, non mesurées, faute de mesures d’entrée, et je le dis. La règle qui fait la différence tient en une phrase : on traite la pluie courante et l’on stocke l’orage. Un filtre reçoit les dix à quinze premiers millimètres de chaque pluie, c’est-à-dire l’essentiel de l’eau de l’année et presque toute sa charge ; l’orage, lui, le contourne par surverse et va droit dans la tranche de stockage, parce qu’aucun filtre ne traite une pluie trentennale et qu’un filtre noyé se colmate. D’où une règle de niveau que j’avais d’abord manquée : les filtres ne sont pas sur la pente que l’orage noie, ils sont sur l’anneau haut du parc, au-dessus du trop-plein, et ils rendent leur eau à la mare par un drain. Un filtre noyé deux jours par orage serait mort en cinq ans.

D’où la chaîne, en sept étages, du caniveau au parc suivant. Une grille et une vanne de fermeture à chaque bouche de bordure, que l’on ferme à la main le jour où un camion perd son gazole. Puis une cuve de déversement, enterrée sous le trottoir, qui capte les boues et les déchets avant que l’eau ne nourrisse l’espace : un dessableur-débourbeur en béton, trois à dix mètres cubes selon la surface que draine la bouche, avec sa cloison siphoïde qui retient les flottants et son panier à déchets, vidé à l’hydrocureuse une à deux fois par an, la boue partant en filière de déchet non inerte. C’est elle qui prend les sables, les mégots, les feuilles et la graisse de la rue, et c’est elle qui protège tout ce qui suit du colmatage. Ensuite une mare de décantation à ciel ouvert, vingt à trente mètres carrés, fond d’argile tenu en eau, qui dépose ce qui reste de fin, et que l’on cure tous les cinq à dix ans ; c’est elle, plus que les plantes, qui décide du phosphore de la mare, car une eau de voirie en porte trois à cinq fois trop pour rester claire, et c’est la décantation qui l’enlève avec les fines. Puis le filtre planté, sur l’anneau haut : les ouvrages du Cerema font de 0,9 à 3,7 % de leur surface active, je retiens un à deux pour cent, soit mille à deux mille mètres carrés pour huit à onze hectares, répartis entre les entrées ; soixante à cent centimètres de gravier fin sur un drain, le fond en argile compactée et non en bâche, roseaux et massettes à six au mètre carré. Le grand roseau et les massettes sont présents partout dans la nature, et ce sont eux qui font ce travail ; on les classe volontiers parmi les plantes envahissantes, c’est mal les lire, ce sont des indigènes vigoureuses, et cette vigueur est exactement ce qu’on leur demande ici, dans un filtre d’où ils ne sortent pas, et jamais dans la mare. Leurs rhizomes traversent l’argile à la longue : on les contient par une tranchée de coupe au pourtour du filtre, ouverte tous les deux ans. La fauche d’automne, exportée, sort surtout de l’azote ; l’essentiel des métaux reste dans la cuve et dans la mare de décantation. Puis la saulaie d’osier, Salix viminalis, avec le saule à trois étamines et le saule pourpre, conduite en taillis à très courte rotation, recépée tous les deux ou trois ans en hiver, les brins sortis du parc, vers la vannerie du quartier ou l’énergie, jamais au broyat. Elle a son niveau elle aussi : entre la réserve d’été et le trop-plein, où elle n’est noyée que les jours d’orage, et non sous la réserve, où trois mois d’eau en pleine croissance la tueraient. Ce sont les saules qui filtrent le mieux les métaux lourds : en Bretagne, le programme Wilwater a rapporté sur des taillis de saules irrigués d’effluents une exportation de cadmium et de zinc par la récolte supérieure aux apports ; au Québec, les saulaies de phytofiltration captent plus de 90 % de l’azote et du phosphore selon leurs concepteurs. Rapporté, d’après les synthèses des programmes eux-mêmes. Pour les hydrocarbures, c’est la vie du sol autour des racines qui les dégrade, et le saule la nourrit ; je le tiens pour un principe, sans chiffre. Et le saule boit : son évapotranspiration d’été vaut 1,1 à 1,8 fois celle de référence, de quoi rendre au ciel une part de l’orage et rafraîchir le creux en août. Puis la mare, qui reçoit en temps ordinaire de l’eau filtrée, et plusieurs fois par an, je le dis, l’orage brut qui monte dans sa tranche haute et y dépose ses fines : c’est le prix du stockage, et c’est la cloison siphoïde de sortie et le curage qui le paient. Enfin la ceinture de sortie, et on sait pourquoi elle compte : les hydrocarbures flottent, et quand on vide le parc, le courant ramène tout le film de surface vers la sortie. La zone filtrante qui compte le plus est donc celle qui entoure le trop-plein et la vanne, saules et roseaux en ceinture, où le film s’accroche aux tiges et où la vie du sol le dégrade ; la prise d’eau elle-même est protégée par une cloison siphoïde, cette simple paroi plongeante des bassins routiers qui ne laisse partir que l’eau prise sous la surface. Le film reste dans le parc, le parc suivant ne le reçoit pas. Le vivant ne reçoit ainsi que de l’eau débarrassée de ses sables, de ses boues et de ses déchets ; il fait le travail fin, celui des métaux et des hydrocarbures, qu’aucune cuve ne fait. Et la règle vaut pour toute zone humide urbaine, pas seulement pour le parc : un rond-point en cuvette, une mare de module, une noue qui reçoit une rue reçoivent la même eau sale, et le vivant n’y touche qu’après un prétraitement à sa mesure, grille, cuve de déversement, décantation, le filtre planté en plus dès que la surface drainée dépasse l’hectare. Une zone humide qui boit la rue sans prétraitement est un bassin de boue en dix ans. Ce que rien ne retient, je l’écris aussi : le sel de déneigement traverse tout et se concentre l’été dans la réserve, et une part des métaux dissous passe avec le carbone organique. La réponse est en amont, moins de sel sur les rues qui penchent vers le parc, et un suivi annuel des chlorures de la mare. Chaque parc se mesure, et c’est au cahier des charges de l’exiger.

La chaîne d’épuration du parc en creux, en sept étages.

L’entrée d’eau en écorché : grille, cuve, décantation, filtre planté, puis la mare.


Ce que boit un parc en creux

J’ai voulu chiffrer l’idée avant qu’on me le demande. Prenons un parc type d’un hectare, cent mètres sur cent, creusé en pente douce, un pour vingt, jusqu’à deux mètres sous la rue, avec une mare permanente de 1 600 mètres carrés dont le niveau normal est à un mètre et demi sous la chaussée. Le trop-plein n’est pas au ras de la rue : il est calé à trente centimètres sous elle, si bien que le parc ne déborde jamais sur le trottoir et garde une marge de sécurité. Entre le niveau normal de la mare et ce trop-plein, la tranche d’eau qui monte pendant l’orage fait 1,20 mètre et stocke environ 5 100 mètres cubes. À titre de comparaison, un trop-plein plus prudent, à cinquante centimètres sous la rue, n’en stockerait que 3 700, et à un mètre, 1 300 : chaque décimètre gagné vers la rue se paie en mètres cubes, parce que c’est le haut de la cuvette, le plus large, qui stocke le plus. Au centre, la mare est creusée plus bas, jusqu’à environ trois mètres sous la rue, pour garder un mètre et demi d’eau à son niveau d’hiver : assez pour que l’eau ne chauffe pas trop, comme le demandent les guides de mares, qui vont d’un à deux mètres. Ses berges, elles, ne peuvent pas être à un pour vingt : pour descendre d’un mètre cinquante de plus sur vingt mètres de large, elles sont à un pour trois ou un pour cinq, sous l’eau permanente, là où personne ne va ; la pente douce vaut pour le parc, pas pour le fond de la mare, et la mare ajoute deux mille mètres cubes aux déblais. Calcul de ma part, sur une géométrie simple, et à reprendre site par site.

Ce que cela représente se compte en orages. Pour les pluies de projet d’Île-de-France, calculées d’après les coefficients de Montana de la station d’Orly publiés par Météo-France, la pluie décennale apporte 28 millimètres en une heure, la trentennale 36, la centennale 46. Le record de Paris, le 9 juillet 2017, a été de 49 millimètres en une heure, au-delà de la centennale. Et Toulon a reçu 89,5 millimètres en une heure le 21 septembre 2025. Avec un ruissellement de 0,95 sur la voirie et les toitures, le coefficient que retient le règlement d’assainissement des Hauts-de-Seine, le parc type boit, sans une goutte au trop-plein, la pluie décennale d’une heure tombée sur 18 hectares de rues et de toits, la centennale sur près de 11 hectares, et même le record parisien de 2017 sur 10 hectares ; à Toulon, il aurait encore bu l’orage de 5 hectares. Calculé, et prudent sur un point, car je ne compte pas l’eau que les pentes infiltrent ; mais pas sur un autre, car un orage peut durer plus d’une heure. La même pluie décennale étalée sur trois heures apporte environ 40 millimètres, et la centennale près de 70. Le dimensionnement réel se fait donc sur des pluies de trois à vingt-quatre heures, avec la vanne qui travaille pendant l’orage, et site par site. J’ai donc refait le calcul avec les deux termes qui comptent : le stockage, et la capacité d’évacuation de la vanne pendant la pluie, en débit horaire, bornée par ce que le réseau aval accepte. Sur une pluie d’une heure, la vanne ne change rien, le parc stocke. Sur six heures, la décennale fait 51 millimètres et le parc protège dix hectares vanne fermée, onze avec la vanne à 30 litres par seconde ; la trentennale, 67 millimètres, sept à neuf hectares ; la centennale, 87 millimètres, cinq à six. Sur vingt-quatre heures, c’est la vanne qui fait la différence : huit hectares sans elle, treize à seize avec, sur la décennale. Le chiffre qu’une ville doit retenir n’est donc pas dix-huit, c’est huit à onze hectares par parc sur les pluies de six heures, et dix parcs en chaîne, quatre-vingts à cent dix, avec une vanne qui travaille. Calcul de ma part, et il dépend de beaucoup de paramètres, à refaire sur chaque site avec le gestionnaire du réseau, qui seul connaît son débit horaire d’évacuation. Et il faut dire une chose de plus : la pluie décennale d’hier devient la pluie de tous les deux ans, voire de tous les ans. Cela ne change pas le parc, cela change la fréquence de son remplissage ; et un parc qui se remplit deux fois par an doit être vide pour la pluie suivante. Le rapport entre le stockage et la vidange devient alors le vrai dimensionnement, plus que le volume lui-même : c’est la vanne, sa régulation et le réseau aval qui décident si le parc est prêt le jour où l’orage revient.

Le maillage multiplie ces chiffres. Dix parcs en creux d’un hectare stockent ensemble 51 000 mètres cubes, de quoi protéger quatre-vingts à cent dix hectares de rues et de toits sur les pluies de six heures, c’est-à-dire un quartier entier ; et quand l’un est plein, il passe son excès au suivant. Il y a deux systèmes pour cela, et il faut parler des deux. Le premier est la cascade gravitaire, dans une ville en pente : une conduite à surface libre, avec sa pente propre, qui débouche au-dessus de l’eau du parc aval ; chaque maillon demande deux à quatre mètres de dénivelé de rue à rue, et c’est le relief qui dessine le maillage, vers la rivière ou le point bas. C’est le système le plus simple, sans entretien particulier, et c’est celui des villes de coteau. Le second est pour la plaine, où l’on m’objectera, à juste titre, qu’il n’y a pas ces mètres : c’est le siphon inversé, une conduite posée sous le niveau de l’eau des deux côtés, toujours pleine, qui travaille en charge. Ce qui la fait couler n’est pas la pente du terrain, c’est la différence de niveau entre les deux plans d’eau, et cette différence, chaque parc la fabrique lui-même : entre son trop-plein à trente centimètres et sa mare à un mètre cinquante, il dispose d’un mètre vingt de charge, quelle que soit la planéité de la ville. Cette charge n’existe que si l’aval est tenu plus bas que l’amont : dès que les deux plans d’eau s’alignent, le débit tombe à rien. Il faut donc tenir les niveaux en escalier, l’amont un peu plus haut que l’aval, ce que font la vanne et le seuil réglable, et l’eau se pousse de parc en parc, aussi lentement qu’on le décide, jusqu’au dernier, dont la vanne va à l’exutoire. Pour quatre cents mètres de conduite et un mètre de différence de niveau, un diamètre de trois cents millimètres passe environ soixante litres par seconde, un diamètre de quatre cents, cent vingt : bien plus que la vanne n’en laisse sortir, et c’est elle qui bride. Calcul de ma part, en ordre de grandeur. Dans un grand orage, la chaîne s’équilibre et se remplit ensemble, et c’est la somme des volumes qui compte, pente ou pas ; le dénivelé ne décide que de la sortie finale, car le point bas hors de la ville doit être sous la mare du dernier parc, faute de quoi il faut une pompe, et je l’écris. Et la sortie finale se dimensionne pour la chaîne entière, pas pour un parc : dix parcs qui se videraient par une vanne de 30 litres par seconde mettraient vingt jours, ce qui ruine la règle des quatre jours et laisse la chaîne pleine pour l’orage suivant. Le règlement francilien autorise 2 litres par seconde et par hectare drainé, soit 200 à 280 litres par seconde pour cent à cent quarante hectares : c’est à ce débit que l’on dimensionne la vanne du dernier parc et les derniers siphons, et l’on vide la chaîne en quatre jours.

Le siphon a ses contraintes, et la première est le nettoyage. Une conduite toujours pleine, sans courant entre deux pluies, s’envase : les fines qui ont passé la ceinture filtrante s’y déposent, et une conduite envasée est un parc qui ne se vide plus. On ne l’ignore pas, on le prévoit : un regard de curage à chaque extrémité, accessible à l’hydrocureuse, avec un point bas de purge ; pas de chasse, car un mètre vingt de charge ne donne jamais le mètre par seconde qui remettrait les sédiments en suspension sur quatre cents mètres, et je préfère l’écrire que le promettre ; donc un curage mécanique inscrit au plan d’entretien, chaque année au début, puis au rythme que les regards montrent, en même temps que celui des mares de décantation ; et, en amont de la prise, la ceinture de saules et de roseaux et la cloison siphoïde, qui font que le siphon ne reçoit ni flottants ni grossiers. La seconde contrainte est l’air : une conduite en charge qui se vide partiellement se désamorce, et il lui faut un évent à son point haut. La troisième est la traversée des rues, où la conduite croise les réseaux ; c’est un coût par traversée, pas une impossibilité, et c’est le gestionnaire de voirie qui le chiffre. Copenhague a fait la cascade avant nous. Après l’orage du 2 juillet 2011, plus de cent millimètres en deux heures environ et quelque 90 000 déclarations de sinistre, la ville a adopté un plan de trois cents projets, dont des parcs inondables : Enghaveparken, trois hectares et demi inaugurés en 2019, stocke 22 600 mètres cubes, une pluie centennale : 14 500 derrière une digue d’un mètre dont les vannes se ferment seules, 5 200 dans des bassins et un lac, 2 000 dans des tuyaux enterrés. Il ne reçoit que l’eau des toits, par un réseau fermé, filtrée par le sol et traitée aux ultraviolets avant de revenir aux jeux d’eau ; il est fermé au public pendant la crue et nettoyé avant de rouvrir ; il a coûté un peu moins de 120 millions de couronnes, environ 16 millions d’euros, dont 23 millions de couronnes de canalisations, soit près de 700 euros le mètre cube. L’analyse économique publiée par l’Agence européenne pour l’environnement chiffre le plan entier, surface et tunnels, à 11 à 12 milliards de couronnes, contre 20 milliards pour la solution tout-égout, après plus de 6 milliards de dégâts en 2011. Rotterdam a creusé sa place d’eau de Benthemplein, trois bassins minéraux de 1 700 mètres cubes en tout, terrain de sport à sec, qui se vident vers le canal en quelques heures. En France, le parc de Billancourt, à Boulogne, a ses jardins en creux, et le parc Blandan, à Lyon, dix-sept hectares, stocke 1 000 mètres cubes dans un bassin enterré et deux tranchées d’infiltration très lente, avec un débit de fuite de 42 litres par seconde, et retient l’orage en surface sur sa place d’armes et dans quelques dépressions de ses pelouses. Établi pour ces ouvrages. La comparaison dit ce que le parc en creux a de commun et ce qu’il a en propre. De commun : tous stockent l’orage en surface, à la place d’un tunnel, et Copenhague a prouvé que c’est moins cher. En propre, quatre choses qu’aucun des trois ne fait : il reçoit l’eau des rues par sa bordure ouverte, sans tuyau, et la traite en sept étages là où Copenhague n’ose prendre que l’eau des toits ; il garde une mare permanente et 1 300 mètres cubes pour l’été, là où les autres se vident ; il tient par l’argile seule, sans digue, sans vanne automatique sur le mur, sans tuyau enterré ; et il n’est pas un parc dessiné que l’on inonde et que l’on ferme, c’est une zone laissée à la nature, où personne n’est au sol, qui se remplit sans fermer. Il est aussi le seul des quatre qui n’existe pas encore, et c’est pourquoi le premier doit être mesuré.

Et le coût suit. Les synthèses françaises reprises par Bruxelles Environnement donnent 800 à 1 000 euros le mètre cube pour un bassin d’orage enterré en ville, et 60 à 220 euros pour un bassin de retenue rustique à ciel ouvert, et environ 700 euros pour un parc urbain équipé comme Enghaveparken. Les 5 100 mètres cubes du parc type coûteraient donc de 4 à 5 millions d’euros sous une chaussée, et de 0,3 million pour un simple bassin à 3,5 millions pour un parc entièrement équipé ; le parc en creux, qui est un parc sans en avoir tous les équipements, se situe entre les deux, foncier et entretien non compris, et terrassement à part : la cuvette représente environ 8 300 mètres cubes de déblais, la mare deux mille de plus, qui ne se réemploient pas tous sur place sans fermer la bordure ouverte, et qui coûtent, en Île-de-France, de 0,5 million s’ils sont inertes à 2,5 millions s’ils portent le plomb et les hydrocarbures d’une ville ancienne. C’est pourquoi le parc en creux se justifie d’abord sur un site déjà bas, ancienne carrière, friche en contrebas, parc existant plus bas que ses rues. Et il y a une terre qu’on ne traite jamais comme un déblai : la terre de surface, les trente premiers centimètres, celle qui contient ce que rien n’achète, les bactéries et les mycorhizes du site. Avant le premier coup de pelle, on la décape à part, on la stocke en andains bas, jamais plus d’un mètre cinquante, jamais roulés par un engin, à l’ombre d’un couvert semé, et l’on installe en amont du chantier une zone de stockage et de compostage, nourrie des broyats de la commune, qui servira ensuite à ensemencer tout le parc en bactéries et en mycorhizes. Un sol vivant ne se recrée pas en trois ans ; il se garde pendant les travaux, et c’est la mise en place du site, selon ce que l’on trouve en amont, qui décide de ce que le parc sera dix ans plus tard. Ordre de grandeur établi ; il se refait sur chaque projet.

Reste la vidange, qui complète le trop-plein sans le remplacer. Après l’orage, on a le choix, et c’est tout l’intérêt : au niveau normal de la mare, une vanne communicante relie chaque parc à la même conduite que son trop-plein, vers le parc suivant. Tant que le ciel est calme, on peut la garder fermée un jour ou deux, le temps que les fines se déposent et que les pentes s’imbibent ; mais sur argile, le sol ne vide pas le parc, huit mètres cubes par jour sur sept mille mètres carrés, et c’est la vanne qui le fait. Dès qu’un nouvel orage est annoncé, ou au plus tard au quatrième jour, on l’ouvre, et le parc se vide vers l’aval pour être prêt à boire de nouveau. À vingt litres par seconde, les 5 100 mètres cubes partent en trois jours ; à trente, en deux, avec une vanne régulée, car une simple vanne ouverte débite moins à mesure que le parc se vide. Et la règle des moustiques fixe le plafond : on ne laisse jamais la tranche d’orage stagner plus de quatre jours. Ces vannes, ouvertes ou fermées de parc en parc selon que l’aval peut recevoir, font du maillage un seul ouvrage que l’on pilote, et le trop-plein, lui, reste la soupape de l’orage exceptionnel.

Ces vannes permettent mieux encore : garder l’eau du printemps pour l’été. C’est pourquoi le parc en creux doit offrir une zone inondable importante, et non une simple marge : au trop-plein, l’eau couvre près de 7 700 mètres carrés, les trois quarts du parc. Le calendrier commande, et il faut être précis, car les deux saisons sont à risque pour des raisons différentes. Les normales de Paris donnent mai et décembre comme mois les plus arrosés, et les débordements de réseau viennent des orages convectifs de juin à septembre, les plus violents à l’heure ; mais ce que l’on a vu les automnes 2023 et 2024, ce sont les pluies longues d’octobre à janvier, sur des sols que la faible évaporation d’hiver ne vide plus, et qui débordent autrement, par saturation. D’octobre à janvier, donc, le parc n’est pas en stockage d’eau, il est en gestion du risque : vanne ouverte, seuil du trop-plein au plus bas, mare à son niveau d’hiver, toute la cuvette libre, et l’on vide après chaque pluie pour être prêt pour la suivante. De février à mai, on change de métier et l’on commence à parler de gestion du stockage : on ferme progressivement la vanne, on laisse les pluies de la fin de l’hiver et du printemps relever la mare d’un demi-mètre, jusqu’à un mètre sous la rue, environ 1 300 mètres cubes mis en réserve pour l’été ; treize millimètres de ruissellement sur dix hectares suffisent, et mai y pourvoit. De juin à septembre, c’est la saison des orages : la réserve est pleine, et la tranche haute reste libre, avec la vanne et le seuil prêts à travailler. Fin septembre, on redescend avant les pluies d’automne. Deux modes, deux consignes, une date de bascule décidée chaque année sur les prévisions saisonnières. La tranche haute, de un mètre à trente centimètres sous la rue, reste toujours libre, car ce sont les orages d’été qui sont les plus violents ; et comme c’est la plus large de la cuvette, elle stocke encore près de 3 900 mètres cubes, de quoi boire l’orage décennal de 13 hectares ou le centennal de près de 8. Calculé.

Cette réserve sert la ville tout l’été. Elle tient la prairie humide et les arbres en eau pendant les canicules, quand le reste de la ville grille. La citerne qui arrose les arbres d’alignement du quartier, comme je l’ai proposé dans « Chaleur en ville », se remplit au printemps par le trop-plein, quand l’eau est en excès, et non en puisant l’été dans la réserve, qui ne doit servir qu’à la mare et à ses arbres : la réserve ne se pompe pas. Elle fait une réserve contre le feu. Et surtout, elle s’évapore, et c’est un service, pas une perte : à quatre millimètres d’évaporation par jour, un ordre de grandeur d’été en Île-de-France, auxquels s’ajoute le petit millimètre que laisse fuir une argile bien faite, la réserve baisse d’environ cinq millimètres par jour et tient un peu plus de trois mois, juste le temps d’un été. Évaporer dix à quatorze tonnes d’eau par jour mobilise 300 à 400 kilowatts en moyenne, calcul de ma part en ordre de grandeur, mais cette énergie est prise au soleil que l’eau absorbe, non à l’air, et une prairie ou un bois alimentés en eau en évaporent autant sans garder la chaleur pour la nuit. Je l’assume donc : le parc en creux rend trois services, il stocke l’eau pour l’été, il régule les fortes pluies, et il tient son argile humide et donne au quartier de quoi tenir la sienne contre le retrait-gonflement. La fraîcheur vient par surcroît, de ses arbres qui transpirent en août quand ceux des rues ferment leurs stomates ; la mare, elle, sert l’eau. Et c’est là que la végétation autour de la mare et dans la mare prend toute sa valeur, car c’est à ce moment que tout le système se met à travailler ensemble. L’eau d’un étang se tient dans l’un de deux états, et chacun se maintient de lui-même : l’eau claire, où les plantes dominent, et l’eau trouble, où les algues dominent ; les nénuphars ombrent la surface et freinent l’échauffement, les myriophylles et les autres plantes immergées oxygènent l’eau par leur photosynthèse, abritent le zooplancton qui broute les algues et fixent les nutriments dans leurs tissus plutôt que dans l’eau libre. Plus il y a de végétation, plus l’eau est oxygénée et plus elle s’épure ; on le voit sur les étangs à eau claire, et c’est ce que les écologues des lacs peu profonds ont établi depuis trente ans sous le nom d’états alternatifs. Établi. C’est aussi la vraie réponse aux algues bleues des bassins d’orage : une mare qui a ses plantes tient l’eau claire, une mare qui n’en a pas bascule au premier été chaud. En été très sec, on cesse de puiser dans la réserve avant qu’elle n’atteigne le niveau d’hiver : le fond de la mare ne doit jamais voir l’air. Une précaution de dessin s’en déduit : la cuvette doit descendre d’une pente régulière, sans creux ni flaques isolées, pour que l’eau qui recule en août ne laisse derrière elle aucune eau stagnante séparée de la mare, là où le moustique trouverait sa place.

Il reste à être honnête sur ce que cela demande. Une étude de sol d’abord, car creuser une friche urbaine sans diagnostic peut réveiller une pollution enfouie ; la bonne nouvelle est que la plupart des polluants des eaux de voirie, métaux et hydrocarbures, restent fixés dans les cinquante premiers centimètres du sol, et qu’une bande enherbée en tête de pente les arrête avant la mare. Un dimensionnement d’assainissement ensuite, validé avec le gestionnaire du réseau, car la cascade de surverses est un ouvrage hydraulique, pas un dessin. La sécurité ensuite, parce qu’un plan d’eau public se conçoit pour l’enfant qui s’en approche. La pente d’un pour vingt du parc est bien plus douce que ce qu’exigent les guides de bassins, qui tolèrent un pour trois avec une banquette de sécurité, et les berges raides de la mare sont sous l’eau permanente, derrière la ceinture de plantes ; et la marge de trente centimètres entre le trop-plein et la rue est le minimum du guide anglais de référence pour les ouvrages d’eaux pluviales, le CIRIA C753 ; les gestionnaires anglais demandent plutôt quarante à soixante centimètres et plafonnent l’eau à un mètre pour la pluie centennale, Établi. Pour trancher entre trente et soixante, il faut des informations météorologiques en amont, et c’est pourquoi je ne tranche pas une fois pour toutes : je fixe le maximum de remplissage à trente centimètres sous la voirie, et je propose un maillage de trop-pleins réglables, un seuil à lames que l’on monte ou que l’on descend, qui laisse à l’exploitant la possibilité de choisir selon les données météorologiques ou les circonstances. Trente centimètres par temps calme, cinquante ou soixante quand la vigilance orange est annoncée ou que le parc aval est déjà plein : la marge n’est plus un chiffre gravé, c’est une décision prise la veille, avec la même télégestion que la vanne. Un parc plein n’est pas une flaque : au trop-plein, il y a près de deux mètres d’eau sur le fond du parc et près de trois dans la mare. Mais personne ne descend au sol : le public reste sur la passerelle, qui porte un garde-corps sur toute sa longueur, et une ceinture dense de laîches et de joncs de deux à trois mètres sépare encore la pente de l’eau libre ; pendant les deux à quatre jours où le parc boit un orage, le panneau le dit, et le belvédère devient le meilleur endroit de la ville pour regarder l’orage travailler. Enfin, l’écrevisse de Louisiane et le rat musqué creusent les berges : la pente douce et la terre qui couvre l’argile limitent leurs dégâts, sans dispenser de surveiller. Et la distance aux maisons, dite plus haut. Établi pour les bassins paysagers de rétention, dont nos bassins d’orage végétalisés sont les cousins ; hypothèse pour l’ensemble, le parc public laissé libre en creux, son effet sur l’argile et sa cascade, à éprouver avec une commune volontaire, un hydrogéologue et un hiver d’orages.

Le lendemain de l’orage : le parc est plein, les rues sont restées sèches.


2. Ce que le parc rapporte, et l’argile

Ce que le parc rapporte, je le prends poste par poste, en commençant par ce que l’on en attend le plus et qui est le moins sûr, la fraîcheur. La mare nourrit la fraîcheur : c’est l’eau évaporée qui rafraîchit, comme je l’ai écrit dans « Chaleur en ville ». La méta-analyse de Völker et ses collègues, en 2013, sur vingt-sept études, trouve les espaces bleus urbains plus frais de 2,5 degrés en moyenne pendant les mois chauds, en température de surface le plus souvent, car l’air à hauteur d’homme près d’un petit plan d’eau ne baisse que de quelques dixièmes de degré ; et la revue de Bowler et ses collègues donne aux parcs près d’un degré de fraîcheur en moyenne le jour, 0,94 exactement, sensible jusqu’à un kilomètre pour les grands parcs, cent ou deux cents mètres pour un hectare, à peu près sa propre largeur. Établi. Mais ces chiffres mesurent un plan d’eau seul ou un parc moyen, et ce n’est pas ce que je propose. Il faut prendre en compte la totalité de la végétation, les arbres, la prairie humide et ses graminées, le bambou en haut de pente, la végétation de l’eau, roseaux, massettes, nénuphars, plantes immergées, et personne n’a mesuré ce que vaut la somme. C’est difficile à calculer, et je ne le calcule pas. Ce que l’écologie a établi, en revanche, sur des centaines d’expériences, c’est que plus la biodiversité d’un milieu est élevée, plus il produit, plus il retient les nutriments, plus il résiste aux à-coups, et que les services rendus montent avec elle ; la synthèse de Cardinale et ses collègues, dans Nature en 2012, l’a fixé. Je tiens donc pour acquis le sens, et pour hypothèse le chiffre : plus la biodiversité du parc est élevée, plus les services rendus à la ville le sont, la chaleur en passant, moins de moustiques, la captation des polluants et de l’ozone, et c’est le premier parc qui le mesurera. L’effet d’un plan d’eau reste local, quelques dizaines de mètres, et l’eau rend en soirée une partie de la chaleur qu’elle a prise le jour ; une mare peu profonde, à vingt degrés en juillet, rend cette chaleur dès le soir, et l’air du creux, chargé d’humidité, peut être plus lourd que celui de la rue entre minuit et l’aube. C’est un prix à payer pour l’eau, pas un bénéfice, et je l’écris. Hypothèse pour le comportement nocturne du creux, à mesurer sur le premier parc. Ce qui compte alors, c’est l’organisation de la végétation. Les arbres vont toujours au nord de la mare, pour ne pas lui faire trop d’ombre : une mare a besoin de son soleil, c’est lui qui fait travailler les nénuphars et les plantes immergées qui tiennent l’eau claire, et l’ombre portée des aulnes, au nord, tombe sur la pente et non sur l’eau. Rien n’empêche en revanche la végétation basse tout autour et vers le haut, et notamment les touffes de graminées, qui protègent le sol, le gardent couvert et frais, et freinent l’eau qui descend. Quant aux moustiques, je dois corriger l’idée reçue dans les deux sens. Une mare permanente, établie, peuplée de larves de libellules, de dytiques et de notonectes, n’est pas un foyer majeur : sur une zone humide urbaine neuve au Royaume-Uni, Medlock et Vaux ont compté les larves de Culex trente-trois fois plus denses dans les eaux temporaires que dans les permanentes. Établi. Mais une mare neuve, sans prédateurs, l’est pendant un an ou deux, et toutes les études ne trouvent pas que plus de prédateurs fasse moins de moustiques. Le moustique tigre, lui, pond dans les soucoupes et les gouttières, pas dans les mares. D’où une règle de conduite plutôt qu’une promesse : une eau permanente qui ne s’assèche jamais, et une tranche d’orage qui se vide en moins de quatre jours, avant qu’une larve ait le temps de devenir moustique.

L’argile de la ville

Je pense que la mare sur argile protège aussi l’argile de la ville et la nourrit, et que des parcs en creux en maillage amortiraient par en dessous le retrait-gonflement qui fissure les pavillons à chaque sécheresse. Je dois dire franchement que c’est une hypothèse, et que la doctrine officielle va pour l’instant dans l’autre sens : le ministère de l’Écologie et les plans de prévention demandent d’éloigner l’eau de pluie et les arbres avides d’eau des fondations, les ouvrages d’infiltration à une distance au moins égale à leur profondeur, les arbres à une fois, voire une fois et demie, leur hauteur adulte, et la DRIEAT demande d’éviter toute infiltration près des fondations. Mais le même règlement des Hauts-de-Seine, en 2022, écrit que sur argile gonflante la non-infiltration peut être le vrai risque : c’est exactement mon hypothèse, et c’est un service de l’État qui l’écrit. Et il faut voir une chose en premier dans le retrait-gonflement : ce n’est pas l’eau qui fissure les maisons, c’est l’alternance. L’argile gonfle quand elle se mouille et se rétracte quand elle sèche, et c’est le va-et-vient, année après année, qui fend les murs ; une argile tenue à humidité constante ne bouge pas. C’est pourquoi je parle de maintien, et de rien d’autre : une zone d’eau permanente qui touche l’argile fait tampon sur la zone argileuse, elle lui donne un état stable, et c’est dans cette optique que le parc est conçu. Nous ne sommes pas dans une optique d’apport d’eau de temps en temps, un orage infiltré ici, trois mois de sec là, qui serait exactement le cycle qui casse, et qui serait catastrophique au pied d’un pavillon. C’est d’ailleurs ce que vise la doctrine qui éloigne l’infiltration des fondations : l’eau intermittente, pas l’eau constante. La mare sur argile, qui ne voit jamais l’air, est l’inverse d’un puits d’infiltration. Mais je dois dire aussi ce qui ne colle pas, avant qu’un géotechnicien ne le dise pour moi : la portée. L’argile n’est pas un sable, l’humidité s’y propage par diffusion, lentement, et sur un été la mare et les pentes imbibées tiennent humide l’argile sous l’emprise du parc et une lisière de quelques mètres, un à trois, pas davantage. À vingt ou trente mètres, où sont les maisons selon ma propre règle, le parc n’a aucun effet sur leurs fondations, ni bon ni mauvais. Déduction de ma part, à partir des diffusivités des argiles. Le parc tient donc son propre sol, et c’est déjà quelque chose, un hectare d’argile qui ne se fend plus ; mais il ne tient pas celui du quartier.

C’est là que l’on en revient à mon idée de base : des goutteurs le long des maisons, liés à des sondes. Le Cerema l’a expérimenté, et je cite l’étude parce qu’elle est la preuve de la doctrine du maintien à l’échelle qui compte, celle de la fondation. Le projet MACH, Maison Confortée par Humidification, a été conduit de 2016 à 2020 à Mer, dans le Loir-et-Cher, sur un pavillon de 1968 fissuré à l’été 2015, sur argile brune de décalcification. De l’eau de pluie, stockée dans une cuve de 2 000 puis 2 300 litres, est injectée par gravité au pied du pignon chaque fois que les tensiomètres, à un mètre de profondeur, dépassent un seuil de succion ; les fissures sont suivies par des jauges, le tout télétransmis. Il a fallu 2 660 litres en 2017 et 4 010 litres en 2018, année de sécheresse où le dispositif a plusieurs fois atteint sa limite, et les injections déclenchées sur les pics de succion ont fait redescendre la succion et stabilisé les fissures. Démontré sur une maison, par un organisme public, sans publication à comité de lecture ; une extension à une trentaine de maisons avec un assureur a été lancée en 2023 et ses résultats ne sont pas publiés. Je l’écris donc comme un cas démontré en cours de réplication, pas comme une règle établie. Trois à quatre mètres cubes par maison et par an : la réserve d’été du parc, 1 300 mètres cubes, suffit à en alimenter trois cents. Voilà le vrai service du parc pour le retrait-gonflement du quartier : non pas tenir l’argile des maisons à distance, ce qu’il ne peut pas, mais être le réservoir qui alimente, maison par maison, chez les propriétaires volontaires, un réseau de goutte-à-goutte enterré le long des fondations, piloté par des sondes de succion, qui donne à l’argile de chaque pavillon ce que la mare donne à la sienne : un état constant. C’est de la prévention mesurée, à quelques milliers d’euros par maison, contre un sinistre moyen à plus de 20 000. Je l’écris en hypothèse pour le raccordement au parc, et en cas démontré pour le mécanisme, puisque le Cerema l’a fait fonctionner une fois. Il faut aussi dire ce que MACH n’a pas réglé et que les guides du Cerema opposent : ils demandent d’éloigner l’eau des fondations, et pour trois raisons qui valent pour les goutteurs. Humidifier une seule façade, ce que MACH fait au pignon, crée un gonflement différentiel, aussi dangereux que le retrait : le réseau doit faire le tour de la maison. Remouiller une argile rétractée depuis des années la soulève autant qu’une sécheresse la fissure : on commence tôt, et lentement. Et l’eau au pied d’un mur cherche le sous-sol et le vide sanitaire par les fissures qui existent déjà : les sondes et la coupure automatique sont là pour ça, et l’on ne met pas de goutteurs contre un mur qui fuit. Et il faut en profiter pour dire que la maison n’a pas besoin d’attendre le parc. À la campagne, où la maison n’est pas raccordée au tout-à-l’égout, on parle d’eaux noires, celles des toilettes comprises, et c’est l’assainissement non collectif qui fait le travail : une zone de phytoépuration, un filtre planté de roseaux, reçoit toutes les eaux de la maison, les épure, puis les rend au sol par un épandage. Il suffit d’y intercaler une citerne, placée entre le filtre et l’épandage, et c’est cette citerne, et non le réseau d’eau potable, qui alimente le réseau de goutteurs contrôlés autour de la maison. La chaîne est simple et elle est fermée : l’eau est traitée par phytoépuration, épurée, puis filtrée une seconde fois à la sortie de la citerne, et réinjectée sous terre, jamais en surface, pour éviter tout risque de contaminant ; et elle est pilotée par des sondes plantées dans l’argile, autour de la maison, qui déclenchent l’injection quand l’argile commence à tirer et l’arrêtent quand elle est revenue à son état. La réglementation de l’assainissement non collectif prévoit elle-même cette sortie : l’arrêté du 7 septembre 2009, modifié en 2012, autorise à son article 11 la réutilisation de l’eau traitée pour l’irrigation souterraine de végétaux, dans la parcelle, à l’exception des végétaux destinés à la consommation humaine, à condition qu’elle ne stagne ni ne ruisselle en surface. Des goutteurs enterrés le long des fondations, sous un sol couvert, remplissent ces conditions à la lettre. Les volumes s’accordent : une maison rejette cent cinquante litres par personne et par jour, trente fois ce que MACH a eu besoin d’injecter sur un été, et le surplus part à l’épandage comme aujourd’hui ; mais l’argile sous les fondations, elle, ne connaît plus l’été. C’est le système que je mets en place chez les particuliers, et c’est le même principe que le parc, à l’échelle du jardin : un filtre vivant, une réserve, des sondes, et un état constant pour l’argile. Je le tiens pour établi dans son mécanisme et dans son cadre réglementaire, et pour hypothèse dans ses résultats sur les fissures, qu’aucune étude n’a encore mesurés à cette échelle ; MACH l’a fait avec l’eau du toit seule, l’eau traitée n’y change que le volume disponible, qui devient illimité.

La maison de campagne : le filtre planté épure toutes les eaux, la citerne les garde, et les goutteurs enterrés tiennent l'argile humide sous les fondations.

La stabilisation hydrique active des argiles est précisément ce qu’évalue aujourd’hui le programme national Initiative Sécheresse, de 2023 à 2028. Le parc en creux est une piste pour elle, pas un acquis. D’où deux règles, qui ne se discutent pas : le parc en creux se tient à distance des maisons, et ses grands arbres de zone humide restent à vingt ou trente mètres de tout bâti. L’hydrogéologue tranche le reste, cas par cas, car selon les sols le même creux peut assécher son pourtour au lieu de le nourrir.

La colonne d’en face

Le coût est évidemment ce qu’un décideur regardera d’abord, et je viens de le donner sans le minorer. Mais un décideur regarde aussi la colonne d’en face, ce que le parc lui fait économiser et ce qu’il apporte à sa commune, et c’est sur ces points qu’il faut entrer dans le détail, pour qu’il comprenne tous les profits que sa ville peut en tirer. Je les prends un à un.

L’orage d’abord. Un parc d’un hectare protège huit à onze hectares de rues et de toits sur les pluies longues, dix parcs quatre-vingts à cent dix. Ce que vaut cette protection, Copenhague l’a chiffré après le 2 juillet 2011 : 90 000 déclarations de sinistre, puis un plan de surface à 13 milliards de couronnes contre 20 pour la solution tout-égout, sept milliards d’écart pour une seule ville. En France, les inondations ont coûté 24,8 milliards d’euros d’indemnités depuis 1982, 604 millions par an en moyenne, et ce sont des chiffres de la Caisse centrale de réassurance. Établi. Et pour le même volume stocké, le bassin enterré coûte 4 à 5 millions, ne rafraîchit rien, n’épure rien et ne se visite pas.

L’argile ensuite. Le parc tient humide son propre sol, et sa réserve peut alimenter le maintien des fondations du quartier, maison par maison, sur le modèle MACH ; c’est ici que la colonne d’en face devient lourde : la sécheresse de 2022 a coûté 5,6 milliards d’euros à la France, dont 3,5 milliards de maisons fissurées par le retrait-gonflement, chiffres donnés par la ministre de la Transition écologique en juillet 2026 ; 10,4 millions de maisons individuelles sont exposées selon le BRGM, plus de la moitié du parc, et France Assureurs attend 43 milliards de dommages de 2020 à 2050, trois fois les trente années précédentes ; un sinistre vaut 20 000 à 25 000 euros, 21 000 en moyenne sur 1990-2015 d’après la CCR. Établi pour les dommages. Pour l’effet du parc, je reste à l’hypothèse, et j’en tire la conséquence : il suffirait que le premier parc, par les goutteurs qu’il alimente, évite quelques dizaines de sinistres dans son quartier sur vingt ans pour se payer, et c’est exactement ce que le programme national Initiative Sécheresse doit mesurer. Une ville qui construit un parc en creux à côté d’un quartier de pavillons sur argile ne fait pas un jardin, elle fait de la prévention.

L’eau d’été : 1 300 mètres cubes qui tiennent la mare et ses arbres, et une citerne remplie au printemps par le trop-plein pour les arbres de rue, quelques milliers d’euros d’eau potable par été, ce qui est peu ; mais surtout des arbres de rue qui ne meurent pas en août, à deux à cinq mille euros l’arbre à remplacer, et une ville qui ne ferme pas ses parcs pour cause de pelouse grillée. L’eau épurée : un ouvrage que le gestionnaire d’assainissement n’a plus à construire ni à entretenir seul, et une rivière en aval qui reçoit moins de métaux et d’hydrocarbures, ce que la directive-cadre sur l’eau lui demande de toute façon. La fraîcheur : pas de chiffre en euros, mais la canicule de 2003 a fait 15 000 morts en France, et c’est en ville qu’on meurt. La biodiversité : cinq milieux sur un hectare, mare, roselière, saulaie, prairie humide, bois humide, c’est ce que la commune doit déjà compenser à prix fort, ailleurs, chaque fois qu’elle construit ; ici, elle le crée chez elle.

Et la pédagogie, que je mets en dernier parce qu’elle est peut-être le premier profit. Faire entrer la nature dans la ville, l’observer et l’expliquer, c’est ce qu’une commune peut offrir de plus durable à ses habitants, et cela ne coûte que des panneaux : un belvédère sur la passerelle, des panneaux qui disent ce que fait le parc ce jour-là, l’eau qui monte, les aulnes qui boivent, les libellules qui chassent les moustiques, un guide pour les classes du quartier, une sortie à dix minutes à pied pour chaque école. Sur près de 20 000 personnes en Angleterre, White et ses collègues ont montré en 2019 que deux heures par semaine passées dans la nature suffisent à une meilleure santé et à un meilleur bien-être déclarés, quels que soient l’âge, le revenu et le quartier. Établi. Une réserve de nature au cœur du quartier, c’est ces deux heures mises à portée de tous, sans voiture, et c’est une génération d’enfants qui saura ce qu’est une mare.


3. Les clauses du parc en creux

Je les donne ici en résumé, comme celles du deuxième épisode ; la fiche complète, réutilisable en mission, accompagne ce texte.

Sur les parcs en creux : profil en pente douce sous le niveau des rues, bordure ouverte avec entrées d’eau munies de grilles et bande enherbée en tête de pente ; trop-plein à seuil réglable, calé par défaut à 30 centimètres sous le niveau de la rue, abaissable jusqu’à 60 centimètres selon les prévisions météorologiques et l’état du parc aval, manœuvré avec la vanne par la même télégestion ; vanne de vidange communicante et régulée au niveau normal de la mare, raccordée au parc aval, manœuvrée selon l’état d’infiltration des sols et les prévisions, dimensionnée pour vider la tranche d’orage en moins de quatre jours ; gestion saisonnière en deux modes : d’octobre à janvier, mode risque, vanne ouverte, seuil de trop-plein au plus bas, mare au niveau d’hiver, vidange après chaque pluie ; de février à mai, mode stockage, fermeture progressive de la vanne, réserve d’été remplie par les pluies de fin d’hiver et de printemps jusqu’à 1 mètre sous la rue ; de juin à septembre, réserve tenue et tranche haute libre pour les orages, vanne et seuil en veille ; réserve d’été jamais pompée, citerne d’arrosage remplie par le trop-plein de printemps ; retour au mode risque fin septembre ; dates de bascule fixées chaque année sur les prévisions saisonnières ; cuvette à pente régulière, sans dépression isolée ; parc à distance du bâti, grands arbres de zone humide à vingt ou trente mètres au moins de toute construction ; tranche d’orage tenue à distance de tout bâti ; réserve d’été raccordable, chez les propriétaires volontaires, à des réseaux de goutte-à-goutte enterrés le long des fondations, pilotés par des sondes de succion à 1 mètre de profondeur avec seuil de déclenchement, sur le modèle de l’expérimentation MACH du Cerema, 3 à 4 mètres cubes par maison et par an ; à l’échelle de la maison individuelle en assainissement non collectif, filtre planté de roseaux traitant l’ensemble des eaux domestiques, citerne intercalée entre le filtre et l’épandage, filtration secondaire en sortie de citerne, réinjection exclusivement souterraine par goutteurs enterrés le long des fondations, sans aucune émission en surface, pilotée par des sondes de succion implantées dans l’argile autour de la maison, réseau faisant le tour complet des fondations, mise en eau progressive, coupure automatique sur dépassement d’humidité, exclusion des murs fissurés en sous-sol, au titre de l’irrigation souterraine de végétaux non destinés à la consommation humaine prévue à l’article 11 de l’arrêté du 7 septembre 2009 modifié, sans stagnation ni ruissellement en surface, hors végétaux destinés à la consommation humaine ; aucune bâche ni géomembrane : mare centrale creusée jusqu’à environ 3 mètres sous la rue, 1,5 mètre d’eau au niveau d’hiver, étanchée par argile compactée seule, 30 centimètres au moins mis en œuvre en couches de 15 à 20 centimètres, argile testée en place et fosse d’essai préalable, étanchement prolongé jusqu’à la cote de la réserve d’été et recouvert de 20 à 30 centimètres de terre, fond jamais exondé ; berges en pente d’un pour vingt, ceinture végétale dense de 2 à 3 mètres, colonisation spontanée pendant deux à trois ans puis compléments indigènes sous marque Végétal local tolérant le marnage ; saulaie d’osier, Salix viminalis, Salix triandra et Salix purpurea, sur la pente entre la cote de la réserve d’été et celle du trop-plein, en taillis à très courte rotation recépé tous les deux ou trois ans, brins exportés ; nénuphars blanc et jaune partout où l’eau permanente atteint 50 centimètres, sur la moitié de la surface environ, scirpe lacustre dans la mare, sagittaire, butome, plantain d’eau, rubanier, renouée amphibie, laîches, jonc épars, iris des marais tenu à l’écart des passages, salicaire, lysimaque commune, populage ; à chaque entrée d’eau, grille et organe de fermeture manœuvrable en cas de pollution accidentelle, cuve de déversement enterrée de type dessableur-débourbeur de 3 à 10 mètres cubes avec cloison siphoïde et panier à déchets, vidée à l’hydrocureuse une à deux fois par an, mare de décantation de 20 à 30 mètres carrés, fond d’argile tenu en eau, curable, puis filtre planté à écoulement vertical implanté sur l’anneau haut au-dessus de la cote du trop-plein, dimensionné à 1 à 2 % de la surface active drainée, 60 à 100 centimètres de gravier 2-8 mm sur drain raccordé à la mare, fond en argile compactée, tranchée de coupe des rhizomes au pourtour ouverte tous les deux ans, planté de roseau commun et de massettes indigènes, Phragmites australis, Typha latifolia et Typha angustifolia, à 6 plants par mètre carré, confiné hors de la mare centrale et fauché chaque automne avec exportation ; filtres recevant les 10 à 15 premiers millimètres de chaque pluie, surverse directe de l’orage vers la tranche de stockage ; suivi de la qualité en entrée et en sortie la première année puis tous les trois ans, matières en suspension, zinc, cuivre, hydrocarbures, chlorures ; plan de curage et d’évacuation des sédiments en filière déchet non inerte inscrit au budget ; myriophylles indigènes admis dans la mare ; aucune espèce inscrite sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, notamment myriophylle du Brésil et myriophylle hétérophylle, et aucune plante aquatique exotique, notamment élodées, vallisnéries, myriophylles d’aquarium, jacinthes d’eau et canne de Provence, aucune espèce protégée ; arbres de zone humide, aulnes glutineux mêlés de saules blancs, cendrés, pourpres et des vanniers, groupés au nord de la mare pour lui laisser le soleil, à distance des réseaux et des fondations ; végétation basse et touffes de graminées sur les autres pentes ; usage : parc d’observation, zone sauvage réservée à la nature, sans accès du public au sol en dessous du niveau de la rue, sans pelouse ni aire de jeux ni accès des chiens ; un belvédère sur la passerelle, avec bancs et garde-corps, pour observer la mare et ses alentours ; platelage sur pilotis praticable en période de remplissage, avec garde-corps sur toute sa longueur, doublé d’un filet à mailles fines en fibre naturelle entre les lisses, sur toute la hauteur, au-dessus de l’eau ; signalétique pendant le remplissage ; surveillance des animaux fouisseurs ; seconde zone filtrante de saules et de roseaux en ceinture autour du trop-plein et de la vanne, prises d’eau équipées d’une cloison siphoïde retenant les flottants ; bambou métake admis en haut de pente seulement, au-dessus de la cote du trop-plein, cannes récoltées hors broyat ; ouvrage de trop-plein raccordé au parc aval ou à l’exutoire, dimensionné et validé par le gestionnaire d’assainissement ; liaison entre parcs en conduite gravitaire à surface libre lorsque le dénivelé le permet, sinon en siphon inversé en charge, avec regards de curage aux deux extrémités accessibles à l’hydrocureuse, point bas de purge, évent au point haut, curage mécanique inscrit au plan d’entretien ; vanne et siphons de sortie de chaîne dimensionnés pour la chaîne entière au débit de fuite autorisé, 2 L/s par hectare drainé, pour une vidange complète en quatre jours ; exutoire final situé sous le niveau de la mare du dernier parc, ou relevage assumé ; étude de sol et avis hydrogéologique préalables.

Sur les ronds-points en butte : poteaux en croix selon deux diamètres perpendiculaires, filets ou câbles inox tendus, grimpantes ; implantation des poteaux validée par le gestionnaire de voirie au regard de la visibilité et des obstacles latéraux, murs abaissés vers la périphérie et arrêtés en retrait de la chaussée ; même mélange de semences dans les quatre quarts, avec relevé séparé de chaque quart. Sur les ronds-points en cuvette : pas de croix ; bordure ouverte avec entrées d’eau munies de grilles, cuve de déversement et mare de décantation à chaque entrée ; arbres de milieu humide groupés au centre, végétation en dégradé vers l’extérieur, mares sur les côtés. Pour les deux : bande périphérique basse et tondue.

Sur le prétraitement, pour toute zone humide urbaine recevant l’eau d’une chaussée, parc en creux, rond-point en cuvette, module, noue ou mare : grille, cuve de déversement de type dessableur-débourbeur vidée à l’hydrocureuse, décantation à ciel ouvert curable, et filtre planté à écoulement vertical dimensionné à 1 à 2 % de la surface active dès que celle-ci dépasse un hectare ; aucune eau de chaussée admise directement sur le vivant.

4. Bilan de cet épisode : établi, débattu, hypothèse

Ce que je tiens pour établi. La géométrie et les volumes, 5 100 mètres cubes stockés, 3 900 pour l’été, 7 700 mètres carrés noyés, se calculent et se vérifient ; les filtres plantés de roseaux rejettent une eau à quelques microgrammes de zinc par litre, et un accotement filtrant retient autour de 90 % du zinc, du plomb et des hydrocarbures aromatiques ; une eau permanente et peuplée porte trente fois moins de larves de moustiques qu’une eau temporaire ; un lac peu profond se tient dans un état clair ou un état trouble, et ce sont ses plantes qui tiennent le clair ; plus un milieu est divers, plus il produit et plus il tient ; Copenhague a chiffré la surface moins chère que le tunnel ; et ce n’est pas l’eau qui fissure les maisons sur argile, c’est l’alternance.

Ce que je tiens pour débattu. Le rendement réel d’un filtre planté en pourcentage, que le Cerema annonce sans l’avoir mesuré en entrée ; la fraîcheur d’un petit plan d’eau, quelques dixièmes de degré le jour et une chaleur rendue la nuit ; le coût au mètre cube, de 60 euros pour un bassin rustique à 700 pour Enghaveparken ; la saison du risque, orages d’été dans les normales, pluies longues d’automne dans les dernières années. Et ce que j’ai calculé moi-même, à reprendre sur chaque site : huit à onze hectares protégés par parc sur une pluie de six heures, un siphon de 300 millimètres qui passe soixante litres par seconde sous un mètre de charge, une chaîne de dix parcs qui se vide en quatre jours à 200 litres par seconde, une mare qui évapore dix à quatorze tonnes par jour, une portée de l’humidité dans l’argile d’un à trois mètres.

Ce que je tiens pour hypothèse, et que j’aimerais voir mesuré. Que la mare sur argile tienne humide son propre sol, sur un à trois mètres au-delà de son emprise, pas davantage ; que sa réserve, raccordée à des goutteurs pilotés par des sondes, tienne l’argile des maisons voisines, comme le Cerema l’a montré une fois sur une maison et pas encore sur un quartier ; que le filtre planté, la citerne et les goutteurs d’une maison en assainissement non collectif fassent de même sur ses fissures ; que le creux ne soit pas plus lourd que la rue la nuit d’été ; que la somme de la végétation, arbres, prairie, bambou, roseaux, nénuphars, donne plus que chaque élément mesuré seul ; et que le bambou métake se tienne au-dessus du trop-plein.

Le premier parc en creux n’existe pas encore. Il se décide en début de mandat pour s’inaugurer à la fin, et il se mesure. C’est la prochaine étape, et elle se fait avec une commune qui accepte de tenir le compte.

Glossaire

Les mots techniques de cet épisode, dans le sens où je les emploie.

AMO. Assistance à maîtrise d’ouvrage. Le conseil qui aide la commune, le maître d’ouvrage, à définir ce qu’elle veut, à rédiger les clauses et à vérifier ce qui est livré.

ANC. Assainissement non collectif. Le traitement des eaux usées d’une maison qui n’est pas raccordée au tout-à-l’égout : fosse, filtre, puis épandage dans le sol de la parcelle.

Bassin enterré. Cuve de béton creusée sous une rue ou une place pour stocker l’eau d’orage, puis la rendre lentement au réseau. Il ne rafraîchit rien, n’épure rien et ne se visite pas.

Berge. Le bord d’une mare, entre l’eau et la terre. En pente très douce, elle accueille une ceinture de plantes ; en pente raide, elle s’éboule et reste nue.

CCR. Caisse centrale de réassurance. L’organisme public qui réassure les assureurs pour les catastrophes naturelles et tient les chiffres des sinistres depuis 1982.

Cerema. Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement. L’établissement public d’expertise technique de l’État, auteur de nombreux suivis cités ici.

Cloison siphoïde. Une paroi qui plonge dans l’eau devant une sortie. L’eau passe dessous ; ce qui flotte, hydrocarbures, plastiques, feuilles, reste bloqué derrière.

Curage, hydrocureuse. Le curage retire les dépôts d’une cuve, d’une conduite ou d’une mare. L’hydrocureuse est le camion qui aspire ces boues et lave à l’eau sous pression.

Cuve de déversement, dessableur-débourbeur. Une cuve enterrée à l’entrée de l’eau de la rue. Le sable, la boue et les déchets y tombent avant d’atteindre le vivant ; on la vide à l’hydrocureuse.

Débit de fuite. Le débit maximal qu’un ouvrage a le droit de rendre au réseau ou à la rivière, fixé par le gestionnaire : souvent 2 litres par seconde et par hectare en Île-de-France.

Déblais. La terre retirée en creusant. Il faut la stocker, la réutiliser ou l’évacuer, et cela coûte souvent autant que l’ouvrage.

Décantation. Laisser l’eau au repos pour que les particules tombent au fond. Avec elles partent une bonne part des métaux et du phosphore.

Épandage. La dernière étape de l’assainissement d’une maison : l’eau traitée est diffusée dans le sol par des tuyaux enterrés.

États alternatifs. Une mare peut rester claire et pleine de plantes, ou basculer vers une eau verte et trouble ; chaque état se maintient de lui-même. Notion décrite par Marten Scheffer en 1993.

Évapotranspiration. L’eau rendue à l’air par le sol, qui s’évapore, et par les feuilles, qui transpirent. C’est elle qui rafraîchit l’air sous un arbre.

Filtre planté. Un bac de gravier planté de roseaux. L’eau le traverse de haut en bas ; les racines et les bactéries qui vivent autour la débarrassent d’une grande part de ses polluants.

HAP. Hydrocarbures aromatiques polycycliques. Des polluants issus des combustions et des pneus, présents dans l’eau des chaussées.

Hélophyte. Une plante qui a les racines dans l’eau ou la vase et les feuilles à l’air libre : roseau, massette, iris des marais.

Infiltration, ruissellement. L’eau de pluie qui entre dans le sol s’infiltre ; celle qui coule en surface ruisselle. Plus le sol est couvert de bitume ou tassé, plus elle ruisselle.

MACH. Une expérimentation du Cerema, de 2016 à 2020, sur une maison fissurée de Mer, dans le Loir-et-Cher. On a maintenu le sol argileux humide par un arrosage enterré piloté par des sondes.

Marnage. L’écart entre le niveau haut et le niveau bas d’une mare au fil des saisons. Les plantes de berge doivent supporter d’être noyées puis à sec.

MES. Matières en suspension. Les fines particules que l’eau transporte et qui la troublent ; beaucoup de polluants voyagent accrochés à elles.

Métaux lourds. Zinc, cuivre, plomb, cadmium. Ils viennent des toitures, des freins et des pneus, et l’eau de pluie les entraîne.

Montana, formule de. La formule qui donne la quantité de pluie tombée en un lieu pour une durée et une rareté données. Ses coefficients sont calculés par Météo-France station par station.

Parc en creux. Un parc creusé sous le niveau des rues, autour d’une mare sur argile. Il reçoit l’eau des rues, la garde pour l’été, la laisse partir lentement après l’orage et l’épure en chemin.

Phytoépuration. L’épuration de l’eau par les plantes et par la vie qui entoure leurs racines.

Pluie décennale, centennale. Une pluie qui a une chance sur dix, ou une sur cent, d’être atteinte ou dépassée chaque année. Rare ne veut pas dire lointaine : elle peut tomber deux années de suite.

Recépage, taillis. Recéper, c’est couper un arbre près du sol pour qu’il repousse en plusieurs tiges. Un taillis à très courte rotation est une plantation de saules recépée tous les deux ou trois ans.

Réserve d’été. La tranche d’eau que le parc en creux garde du printemps pour l’été : elle tient la mare, ses arbres et l’humidité de l’argile.

RGA. Le retrait-gonflement des argiles. Une argile gonfle quand elle se mouille et se rétracte quand elle sèche ; les maisons posées dessus se fissurent.

Saulaie d’osier. Une plantation de saules à osier en taillis, recépée régulièrement. Elle boit l’eau, et la récolte emporte une part des métaux que les saules ont absorbés.

Siphon inversé. Une conduite qui descend puis remonte pour passer sous un obstacle. Pleine d’eau, elle fonctionne par la seule différence de niveau entre l’entrée et la sortie.

Sonde, tensiomètre, goutteur. La sonde, ou tensiomètre, mesure à quel point le sol retient son eau, donc s’il a soif. Le goutteur est le petit diffuseur d’un réseau d’arrosage enterré, qui donne l’eau goutte à goutte.

Surverse, trop-plein. Le trop-plein est le déversoir qui fixe le niveau maximal de l’eau. La surverse est l’eau qui passe par-dessus quand ce niveau est atteint.

Vanne. L’organe que l’on ouvre ou ferme pour régler la sortie de l’eau du parc vers le réseau ou vers le parc suivant.

Références

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