La khettara : géologie, fonctionnement et avenir d’une source fabriquée

Eau

29 octobre 2026 · Yves Nicolas, Expert-Conseil en Écologie Fonctionnelle, yvesnicolas.com

© Yves Nicolas, 2026. Tous droits réservés pour le texte et les illustrations originales. Reproduction interdite sans autorisation écrite ; courte citation libre avec mention de l’auteur et lien vers yvesnicolas.com. Les photographies créditées restent la propriété de leurs auteurs, sous les licences indiquées.

Que savaient les hommes de l’eau que nous avons oublié ?

Vue d’avion, la pente qui descend de l’Atlas vers la palmeraie est semée de petits cônes de terre alignés comme des taupinières, sur des kilomètres. Chacun marque un puits, et sous la ligne entière court une galerie où l’eau chemine toute seule. Une khettara ne crée pas d’eau : elle fait sortir à l’air libre, par la seule pente, l’eau d’une nappe que l’Atlas a remplie. Tout ce qu’elle donne, comme tout ce qui la tue, tient à cette nappe. Cet article suit l’ouvrage de la roche à la parcelle : pourquoi l’eau est là, comment la galerie la recueille, combien elle en débite, où va cette eau, qui la partage, pourquoi les khettaras sèchent et ce qu’on peut encore en faire.

Une ligne de puits de khettara descend vers la palmeraie. Gravure IA.

Fiche d’identité

1. Le socle : pourquoi l’eau est là

Une khettara ne marche que si trois conditions géologiques sont réunies : un réservoir perméable, un plancher étanche qui garde l’eau près de la surface, et une pente du terrain plus forte que celle de la nappe. C’est pourquoi on en trouve au pied des reliefs, Haut Atlas, Anti-Atlas, Jbel Bani, et jamais au milieu d’une plaine ouverte.

Le réservoir, d’abord, vient des débris de l’Atlas. En s’érodant, la chaîne a déversé sur ses deux piémonts des masses de graviers, de galets et de sables. Au Haouz, ces dépôts mio-plio-quaternaires forment de grands cônes alluviaux, issus du démantèlement de la chaîne [6]. Au Tafilalet, la plaine est un remblaiement quaternaire de 15 à 30 m d’épaisseur [1]. Ces matériaux sont très hétérogènes : l’eau circule dans les lentilles de graviers grossiers, qui forment de véritables couloirs souterrains [3].

Vallée du Ziz : un ruban de palmeraie au fond de la vallée, là où la nappe affleure. Photo Ben Bender, CC BY-SA 3.0.

Sous ce réservoir, il faut un plancher : une roche qui ne boit pas. Au Tafilalet, l’alluvion repose sur un substratum paléozoique presque imperméable [1]. La nappe n’y dépasse pas 21 m d’épaisseur, 6,3 m en moyenne, et son toit se tient en moyenne à 6,5 m sous le sol en basses eaux [1]. Une nappe aussi mince et aussi proche de la surface est à portée de pioche, et c’est elle que la khettara draine.

Il faut aussi une pente. Sur un cône, le sol descend plus vite que la surface de la nappe. Une galerie creusée avec une pente encore plus faible que celle du sol finit donc par déboucher à l’air libre, en aval, avec l’eau qu’elle a recueillie en amont. Sans ce décalage de pentes, il faudrait pomper.

Quant à la solidité des galeries, elle vient d’une croûte calcaire. Au Haouz, la plupart des khettaras sont creusées dans les cônes plio-quaternaires, des deux côtés du Tensift [7]. Cette croûte, le calcrete, y couvre largement l’alluvion. Les galeries classiques, jalonnées de puits, ont été creusées sous cette croûte, qui leur sert de voûte naturelle et les a protégées pendant des siècles [7]. Là où la nappe affleure presque et où le sol est meuble, on trouve au contraire des tranchées à ciel ouvert sans puits, que les auteurs tiennent pour la forme la plus ancienne [7].

Cette eau vient de la montagne. Au Haouz central, la recharge mesurée en 2011-2012 va de 13 à 100 mm par an, soit 3 à 25 % de la pluie, et culmine sous le bassin de l’Ourika [6]. Au Tafilalet, la pluie locale ne compte presque pas. La nappe vit des crues du Ziz et du Rheris, dont le Ziz apporte à lui seul 60 à 600 millions de m³ par an selon les années, alors que le Ziz ne coule en moyenne qu’environ 25 jours par an [1]. Jean Margat ajoutait en 1961 un fait que l’on oublie : sans l’eau d’irrigation qui s’infiltre, la recharge tomberait des deux tiers. Cette nappe est en grande partie un produit de l’irrigation [1]. Une étude de 2024 sur le bassin d’Errachidia reprend la question avec des traceurs hydrochimiques et isotopiques, pour préciser les processus de recharge et le temps de séjour des eaux [32].

Le Gheris à Goulmima : l’oued dont les crues nourrissent la nappe des khettaras. Photo Amine Bahdod, CC BY-SA 3.0.

Dans la Ferkla, entre Tinejdad et Goulmima, le tableau est plus aride encore : environ 125 mm de pluie et 2 930 mm d’évaporation par an à la station voisine d’Ait Bouijane [5]. Les khettaras du nord y drainent une nappe infra-cénomanienne alimentée par le Haut Atlas, celles du centre une nappe quaternaire nourrie par l’oued Tanguerfa, et l’eau de surface n’arrive qu’en crue [5].

Dans une plaine fermée, l’eau finit par se charger de sel. Au Tafilalet, il s’agit de chlorure de sodium. La classe de salinité la plus fréquente est de 2 à 3 g/l, mais sur les trois quarts de l’étendue de la nappe l’eau dépasse 3 g/l, et Margat évalue à environ 30 000 tonnes par an le sel qui s’y accumule [1]. On attendrait qu’une khettara puise d’autant plus douce qu’elle va chercher l’eau haut sur le cône, là où la recharge arrive. Les analyses de l’ORMVA dans la zone de Fezna, Jorf et Hannabou disent le contraire : l’eau des khettaras y porte en moyenne 1,95 g/l de sel, et la teneur décroît d’amont en aval, parce que la nappe du nord, qui longe le Gheris, et celle du sud-ouest, où puisent les galeries, n’ont pas la même eau [48].

2. L’ouvrage : quatre tronçons, quatre fonctions

Une khettara se lit d’amont en aval comme une suite de tronçons, chacun avec son rôle dans la captation ou le transport de l’eau ; le rapport japonais en distingue cinq, que je ramène ici à quatre [2].

Le premier est le tronçon capteur. En tête, la galerie passe sous le toit de la nappe. L’eau suinte des graviers et des sables par les parois et le radier, et le ruisseau naît là. C’est le seul tronçon qui capte. Dans certains bassins, la galerie est creusée sous le lit de l’oued, dont elle recueille l’écoulement souterrain [2].

Vient ensuite la galerie de transport. Plus bas, la nappe passe sous le radier. La galerie ne capte plus, elle conduit, et elle perd : c’est là que l’eau s’infiltre dans les graviers [2].

Puis le canal, à ciel ouvert à l’origine. Quand la galerie n’est plus qu’à moins de 3 m sous la surface, on le couvre aujourd’hui de dalles de pierre ou de béton contre le sable [2].

Enfin la sortie et la prise domestique. La galerie débouche à l’air libre, souvent près du ksar, où un canal de béton sert l’eau de boisson et de lessive, avant le bassin et les seguias des jardins [2].

La pente fait toute la science de l’ouvrage. La galerie drainante descend de 0,05 à 0,15 %, soit un demi-millimètre à un millimètre et demi par mètre, toujours moins que la pente de la nappe [8]. Dans le secteur de Fezna-Jorf-Hannabou, la nappe elle-même descend d’environ 0,2 % [8]. C’est ce petit écart, de l’ordre du millimètre par mètre, qui fait remonter la galerie vers la surface au fil des kilomètres. Trop de pente, et l’eau ronge le radier ; trop peu, et le limon s’y dépose.

Au Tafilalet, la galerie drainante court, selon l’ORMVA, entre 10 et 20 m de profondeur, sur 0,35 à 0,60 m de large et 1,20 à 2,00 m de haut [8] ; le rapport japonais, lui, donne des profondeurs plus modestes, de 2 à 10 m en général, 18 m au plus [4]. L’inventaire japonais note des galeries plus étroites encore, 0,3 à 0,4 m de large pour 0,8 à 1,2 m de haut, où un homme progresse courbé et de profil [2]. Les puits de tête peuvent atteindre 40 à 50 m au Haouz, où la nappe était plus profonde [8], alors qu’au nord du Tafilalet il suffisait de quelques mètres pour toucher l’eau [9].

On creuse un puits tous les 10 à 15 m en terrain meuble et tous les 20 à 30 m en terrain ferme [8]. Ils servent à sortir les déblais, à aérer le chantier, puis à descendre pour le curage. Les déblais forment autour de chacun un anneau de terre qui protège l’orifice du ruissellement : ce sont ces « taupinières » alignées qu’on suit sur les images aériennes.

Puits de khettara au Tafilalet : le portique de bois sert au curage, les déblais s’alignent jusqu’à l’horizon. Photo Sebastian Lapostol, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Les cônes de déblais jalonnent la galerie sur des kilomètres. Photo Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0.

Un puits vu de près : l’orifice par où l’on descend curer. Photo Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0.

Les 410 khettaras inventoriées en 2003-2005 dans l’Est sud-atlasique, plaine du Tafilalet et bassins voisins, totalisent 1 312 km de galeries, soit 3,2 km en moyenne ; dans la zone de Jorf, Fezna et Hannabou, la moyenne monte à 5,6 km [2]. On lit souvent un autre chiffre, 570 khettaras et 2 900 km de galeries pour le Tafilalet, repris dans les notes de l’ORMVA [48] et jusque dans la presse. Le rapport de la JICA l’explique : c’est le recensement de 1967, qui comptait tout, y compris les galeries déjà abandonnées ; depuis, 160 d’entre elles ont été laissées à l’abandon, et l’inventaire de 2005 n’en a retenu que 410, dont 191 à débit confirmé [2]. Les deux nombres décrivent la même région à quarante ans d’écart. Dans la Ferkla, 29 khettaras, dont dix à sec, font environ 74 km, soit 2,6 km chacune [5].

Plan de coupe. Khettara : du puits mère à la seguia, l’eau coule seule sous le piémont. Gravure IA.


3. Débits et régularité

Une khettara donne peu, mais tout le temps : quelques litres par seconde, jour et nuit, toute l’année. Au début de 2005, les 191 khettaras encore actives de la zone de l’ORMVA du Tafilalet débitaient ensemble environ 1,1 m³/s, soit 5,7 l/s chacune en moyenne [2].


Ces 1,1 m³/s font environ 35 millions de m³ par an. Cela rejoint ce que le barrage Hassan Addakhil, en amont sur le Ziz, a lâché en année sèche : 26 millions de m³ en 2002, pour un volume moyen retenu de 71 millions de m³ depuis 1971 et une capacité utile de 350 [2]. La comparaison reste grossière, un stock n’étant pas un débit et le barrage servant aussi à écrêter les crues, mais elle montre que des galeries creusées à la main pèsent dans le bilan d’eau de la plaine. Les khettaras du Haouz donnaient beaucoup plus : dans les années 1970, 606 galeries y irriguaient environ 20 000 ha avec 3 200 l/s selon le rapport japonais [4] ; d’après Pascon, repris par El Faiz et Ruf, on comptait plutôt 567 galeries, dont 500 vives, et 5 059 l/s [45].

Margat avait donné à ce débit sa vraie mesure. Au Tafilalet, écrivait-il, un million de mètres cubes par an fait vivre trois à quatre habitants par hectare quand il vient des crues, et près de quinze quand il s’agit d’un débit pérenne [48]. L’eau d’une khettara vaut quatre à cinq fois celle d’une crue, parce qu’elle arrive tous les jours.

En octobre 2003, au Tafilalet, plus de la moitié des khettaras actives, 55 %, ne dépassaient pas 5 l/s ; la plus généreuse de toutes, celle de Haj Allal, donnait 30,2 l/s [4]. Dans la Ferkla, les débits vont de moins de 1 à 19 l/s [5]. Les khettaras les plus longues et les plus profondes, qui vont chercher l’eau haut sur le cône, sont en général celles qui donnent le plus [8].

La régularité a pourtant ses limites. L’écoulement ne dépend pas de la pluie du jour, mais de l’état de la nappe. Les mesures répétées en juin 2003, septembre 2003 et février 2004 montrent trois comportements [3] :

Il y a d’abord la khettara stable, alimentée par une nappe bien fournie, dont le débit ne bouge presque pas d’une campagne à l’autre : c’est le cas des galeries des zones de Jorf et de Fezna.

Il y a ensuite celle qui répond aux crues, quand la galerie longe un lit d’oued : son débit bondit dans les jours qui suivent la crue de septembre, puis retombe.

Il y a enfin celle qui s’éteint, sur une nappe qui baisse, comme les galeries du Reg, à sec de mai à octobre.

Sur le long terme, la tendance est à la baisse : le débit total est passé de 1 277 l/s en 2001-2002 à environ 1 100 l/s en 2005, le rapport donnant 1 124 l/s dans son texte et 1 094 dans son tableau par secteur, soit environ 12 % de moins, et les zones méridionales (E, F et G) ont perdu de 62 à 76 % de leur débit [2].

Dans la galerie de transport, l’eau fuit dans les graviers : 1,6 l/s par kilomètre en moyenne, sur environ 60 % de la longueur des galeries [2]. Le rapport de l’ORMVA de 1998 estime le rendement moyen d’une khettara à 60 %, les pertes de la partie adductrice pouvant atteindre 30 à 50 % du débit capté en amont [8]. On verra plus loin que ces pertes ne sont pas toutes perdues.

4. Le rôle de la khettara dans le cycle de l’eau

La khettara fait partie d’une boucle : la crue remplit la nappe, la galerie la vide doucement, l’irrigation en rend une partie à la nappe, et la palmeraie en reprend directement par ses racines.

Une galerie ne draine que l’eau située au-dessus de son radier. Si la nappe baisse, le débit baisse avec elle, puis s’arrête : l’ouvrage ne peut pas descendre chercher l’eau plus bas, comme le fait une pompe. Face aux forages, c’est sa faiblesse ; mais elle ne prélève, par construction, que le trop-plein de la nappe, ce que celle-ci cède d’elle-même vers l’aval. La limite apparaît quand on prolonge la galerie vers l’amont, ou qu’on approfondit le puits mère pour suivre une nappe qui baisse : la khettara va alors chercher le stock de la nappe, comme un forage, en plus lent. Le rapport japonais note qu’elle résiste mieux à la sécheresse que l’eau de surface et perd peu par évaporation, puisque l’eau voyage sous terre [4].

Les 1,6 l/s perdus par kilomètre de galerie [2] ne s’évaporent pas : ils retournent aux graviers et à la nappe, en aval, où d’autres puits et d’autres khettaras les reprennent. Même chose pour l’eau d’irrigation qui s’infiltre sous les planches : au Tafilalet, elle fournit les deux tiers de la recharge de la nappe [1]. Les seules vraies pertes en volume, pour le bassin, sont l’évaporation et la transpiration. En qualité, c’est autre chose : l’eau qui s’infiltre se charge de sel, et ce qui rejoint une nappe salée en aval est perdu pour l’usage. Bétonner toute la galerie améliore le débit à la sortie, mais prive l’aval d’une recharge.

Le bilan dressé par l’ORMVA pour la nappe de Fezna, Jorf et Hannabou met des chiffres sur cette boucle. Sur environ 25 millions de m³ qui entrent chaque année, 11 viennent de l’épandage des crues sur les champs, soit 43 %, 12 de l’écoulement souterrain venu de l’amont et 2 des infiltrations dans le lit de l’oued. En face, 11 millions repartent vers l’aval sous terre, 8 sont pompés, et les khettaras n’en prennent que 3,7 [48]. La galerie est le plus petit des préleveurs ; l’épandage des crues, que l’on tient souvent pour un gaspillage, est le premier des pourvoyeurs.

La palmeraie, elle aussi, boit la nappe. Dans une palmeraie du Tafilalet où la nappe se tient à 4 ou 5 m, le palmier dattier (Phoenix dactylifera) peut enfoncer ses racines jusqu’à 9 m, et pendant un arrêt d’arrosage de quinze jours en plein été, la nappe lui a fourni près de la moitié de sa transpiration [10]. La palmeraie et la khettara puisent donc dans le même réservoir : l’une par la galerie, l’autre par les racines. On peut en tirer une hypothèse, que l’étude ne teste pas : ce pompage biologique contribuerait à tenir la nappe assez bas pour limiter les remontées de sel.

La palmeraie au pied de la falaise : le bâti s’arrête là où commence la terre irriguée. Vallée du Todra, janvier 2019. Photo Yves Nicolas.

L’eau captée emporte ses sels, que l’irrigation concentre puis renvoie à la nappe. À l’échelle de la plaine du Tafilalet, environ 30 000 tonnes de sel s’accumulent chaque année vers l’aval [1]. Une khettara n’exporte pas le sel hors du bassin : elle le déplace.

Pour fixer un ordre de grandeur, partons des chiffres publiés. Une khettara moyenne du Tafilalet débite 5,7 l/s [2], soit environ 180 000 m³ par an. Un palmier dattier Majhoul de douze ans a besoin d’environ 50 m³ par an en goutte-à-goutte à pleine ration, 44 m³ avec le régime réduit que recommandent les essais menés à Goulmima [11]. Sur le papier, une khettara moyenne couvrirait donc les besoins d’environ 3 500 palmiers conduits au goutte-à-goutte. Mais la khettara irrigue par submersion, et pour ce mode d’irrigation la FAO retient au Maroc 13 000 à 20 000 m³ par hectare et par an [30] : la même khettara arrose alors de 9 à 14 ha. Dans une oasis réelle, l’eau sert aussi les fruitiers et les cultures du sol, les planches en perdent une part, et la nappe complète la ration des palmiers. Lightfoot estime que les quelque 80 khettaras historiques de l’oasis du Tafilalet proprement dite irriguaient environ 3 000 ha [9] ; au Haouz, 3 200 à 5 000 l/s servaient 20 000 ha [4, 45], soit 5 000 à 8 000 m³ par hectare et par an. Ce calcul ne donne qu’une échelle : à ma connaissance, aucun bilan d’eau complet et mesuré d’une palmeraie à khettara n’a été publié, qui suivrait à la fois le débit, les pertes, la recharge, l’évapotranspiration et le sel.

5. Creuser et entretenir

On creuse depuis l’aval. Le chantier part de la sortie, dont la cote est fixée par les parcelles à irriguer. On ouvre d’abord une tranchée, qui devient galerie quand elle dépasse environ 4 m de profondeur [8]. Puis on fonce un puits en amont, et deux équipes avancent l’une vers l’autre, depuis la tête de tranchée et depuis le fond du puits. Les déblais remontent dans un panier, au bout d’une corde, par un treuil de bois, et s’entassent autour de l’orifice [8]. Partir de l’aval a une raison simple : la galerie reste toujours au sec derrière l’ouvrier, et l’eau qu’il rencontre s’écoule d’elle-même vers la sortie.

Une khettara coûte peu en argent et beaucoup en bras. Le rapport de l’ORMVA de 1998 cite l’exemple d’une galerie de 4 km, avec des puits de 12 m au plus, creusée par 40 hommes en quatre ans [8]. Paul Pascon estimait qu’il faut environ 300 journées de travail par litre-seconde obtenu pour une petite khettara, et jusqu’à 1 500 pour une grande ; pour les khettaras du Tafilalet, de 5 à 20 l/s, le rapport retient environ 750 journées par litre-seconde [8]. Une khettara moyenne de 6 l/s représente donc de l’ordre de 4 500 journées de travail.

Au Tafilalet, l’entretien était historiquement assuré par les haratin et par des puisatiers spécialisés, les khattater ; aujourd’hui, chaque famille du ksar fournit un ouvrier à son tour, et les ksour voisins prêtent parfois la main contre de l’argent ou un service rendu [9]. En 1992, la journée d’un ouvrier payée sur les aides publiques valait environ 30 dirhams [9].

Le sable et la terre entrent par les puits et par les éboulements de paroi, et le curage est inévitable [2]. Dans la règle décrite par l’ORMVA, l’entretien, ou attahjir, est organisé par le cheikh de la khettara et ses mezregs : chaque ayant droit doit une journée d’ouvrier par nouba et par semaine, si bien qu’une khettara de 30 noubas mobilise environ quatre hommes par jour pour curer, déboucher et colmater [8]. Les ayants droit se réunissent le vendredi après la prière pour décider des travaux, et une caisse de 100 dirhams par nouba finance la maçonnerie et les prolongements [8].

Intérieur d’une khettara : la galerie taillée dans le conglomérat, le filet d’eau drainée et la colonne de lumière d’un puits de curage. Gravure IA.

On descend par les puits, on remonte la vase au panier, on reprend les éboulements, et l’on approfondit le puits mère ou les puits intermédiaires quand la nappe a baissé [9]. Allonger la galerie vers l’amont pour aller chercher une nappe plus basse est la réponse traditionnelle à la baisse du débit ; elle a une limite, quand la galerie atteint le pied de la montagne ou une couche trop dure.

Séismes, crues qui envahissent les puits, effondrements, et même l’usage de la dynamite pour le curage ont abîmé des galeries [9]. Un puits mal protégé devient l’entonnoir d’une crue, qui remplit la galerie de boue en une nuit : d’où l’anneau de déblais autour de chaque orifice, et aujourd’hui les margelles surélevées et les murets de protection [2].

6. Histoire et répartition

La khettara est la forme maghrébine du qanat, né sur les hauts plateaux iraniens. Sa route vers le Maroc reste discutée. Selon un texte d’al-Idrisi, vers 1107, l’émir almoravide Ali ibn Yusuf confie à l’ingénieur andalou Abd Allah ibn Yunus l’organisation hydraulique du Haouz de Marrakech [12]. Paul Pascon objectait en 1977 que la technique était connue depuis longtemps dans tout le Sahara occidental, et qu’on voit mal un ingénieur introduire ce qui existait déjà juste au sud de Marrakech [12]. Miquel Barceló a montré en 1983, à partir de deux textes arabes du IXe et du XIe siècle, que le qanat était connu en al-Andalus dès 753-754 ; le mot khattara y est peut-être déjà employé, et majra désigne les captages de la Madrid des émirs [12].

En al-Andalus, des galeries couraient sous les villes. À Madrid, des galeries identifiées comme des qanats en 1959 ont été rattachées à la fondation musulmane de la ville, et d’autres ont été retrouvées depuis dans le centre de la péninsule [13]. Cette origine reste discutée : elle repose surtout sur les travaux de Jaime Oliver Asín, et les grands viajes de agua qui ont alimenté la ville, Amaniel, Fuente Castellana, Abroñigal, datent du début du XVIIe siècle [31]. On ne peut donc dire que la khettara ait été importée d’un côté ou de l’autre : le principe était connu des deux rives du détroit, et chaque époque l’a repris et agrandi selon ses besoins.

Galerie du viaje de agua d’Amaniel, Madrid : le principe de la khettara sous une capitale européenne. Photo Ricardo Ricote Rodríguez, CC BY 2.0.

Le capirote, couvercle de pierre d’un puits de viaje de agua, l’équivalent madrilène des cônes de déblais. Photo Malopez 21, CC BY-SA 4.0.

Au Tafilalet, le réseau est tardif. Selon Dale Lightfoot, le réseau du Tafilalet est creusé à partir de la fin du XIVe siècle, après l’effondrement de Sijilmassa : environ 80 khettaras, 300 km de galeries, qui servaient 28 des 132 ksour de l’oasis, toutes au nord de la plaine [9]. Certaines galeries du district de Sifa ne dateraient que des années 1730 [9].

Les khettaras suivent les piémonts où les trois conditions géologiques de la section 1 sont réunies.

Le Haouz et le Tafilalet sont les deux grands foyers. Le premier a tout perdu en un demi-siècle ; le second entretient encore ses galeries, en partie grâce à l’aide publique.

7. Société : qui a droit à l’eau

L’eau d’une khettara appartient à ceux qui l’ont creusée. Au Tafilalet, les droits ont été répartis à l’origine selon la contribution de chacun à la construction, et ils se transmettent par héritage, se divisent, se vendent, s’achètent et se louent [4]. Lightfoot précise que la part de chacun dépendait de ce qu’il avait apporté : terre, travail, outils et argent [9].

Le débit entier de la khettara passe d’un ayant droit à l’autre, et l’unité de base, la nouba, vaut 12 heures d’eau. Le cycle complet du tour d’eau dure de 4 à 26 jours selon les khettaras [4]. C’est un partage du temps, à la différence de la foggara algérienne, qui partage le débit en continu au peigne.

Chaque khettara a son groupe d’ayants droit, qui finance lui-même le curage et les réparations [4]. Un cheikh de la khettara et ses mezregs organisent l’entretien hebdomadaire et veillent au tour [8]. Ces règles coutumières, l’orf ou azref, protègent l’ouvrage et en fixent l’usage. Une règle simple tient tout l’édifice : le droit à l’eau suppose la part de travail. Celui qui ne cure pas perd peu à peu sa place.

Les forages privés, depuis la première pompe diesel installée au Tafilalet en 1965, défont ces liens : chacun peut désormais avoir son eau sans les autres [9]. Dans la Ferkla, l’arrivée du pompage solaire en appoint des khettaras a fait évoluer les règles [5]. À Ait My Mamoun, les droits ont été réservés aux résidents permanents. À Izilf, les tours de 24 heures ont été gardés, mais les créneaux de jour et de nuit alternent d’un tour à l’autre, pour que chacun profite de l’eau pompée de jour. Ailleurs, on loue des jours d’eau supplémentaires à des non-ayants droit, et cette recette finance l’entretien. Une vanne, enfin, à la jonction de l’eau gravitaire et de l’eau pompée, réserve cette dernière à ceux qui payent leur quote-part.

La khettara reste une institution autant qu’un ouvrage : quand le groupe se défait, la galerie s’ensable.

8. Déclin et menaces

Une khettara meurt rarement d’usure ; elle meurt quand la nappe descend sous sa galerie. Les causes de cette descente sont connues, et elles se cumulent.

Au Tafilalet, la première pompe diesel privée est installée en 1965 ; une trentaine d’années plus tard, Lightfoot compte près de 750 puits privés équipés de pompes [9]. Dans la seule zone de Fezna, Jorf et Hannabou, l’ORMVA recensait au début des années 2000 près de 200 stations de pompage, qui tirent 8 millions de m³ par an, et 65 % des 60 khettaras taries ; celles de Fezna et d’Achouria, en amont, étaient toutes à sec, celles de Jorf en partie, et celles de Bouya, Krair et Hannabou coulaient encore, faiblement [48]. Dans la Ferkla, les extensions irriguées hors de l’oasis passent d’environ 1 580 ha en 1984 à 3 730 ha en 2021, et les stations de pompage solaire, dans la région de Todgha et de la Ferkla, d’une vingtaine en 2013 à plus de 180 en 2020 ; l’ORMVA en recense 415 en service [5]. Des forages d’eau potable complètent le tableau, et un agriculteur d’Ait Oulghoum date de 2010 l’accélération de la baisse de sa khettara, après la mise en service de ceux installés en amont [5]. Une pompe descend chercher l’eau là où la galerie ne peut pas aller : chaque mètre de rabattement raccourcit d’autant le tronçon capteur, jusqu’à le faire disparaître.

La nappe du Tafilalet vit des crues du Ziz et du Rheris [1]. Depuis 1971, le barrage Hassan Addakhil retient le Ziz et ne le relâche que trois ou quatre fois par an, pendant 20 à 23 jours, chaque village recevant 10 à 12 heures d’eau [9]. Moins de crues dans le lit, c’est moins de recharge sous la plaine : le barrage qui sécurise l’eau de surface assoiffe, à terme, les galeries.

Le rapport japonais place en tête des causes la sécheresse qui dure depuis 1997 et réduit la recharge [4]. Entre 2001-2002 et 2005, le débit total des khettaras de l’Est sud-atlasique a baissé de 12 à 14 %, et de 62 à 76 % dans les secteurs de l’aval [2].

La nappe sait pourtant remonter. Selon Abdennabi El Mandour, directeur du musée Mohammed VI de la civilisation de l’eau à Marrakech, le retour de fortes pluies entre 2009 et 2013 sur le versant sud-est du Haut Atlas a fait remonter les nappes et revenir des débits importants dans les khettaras, au profit des cultures et de l’économie des oasis [29]. Il en conclut que la recharge artificielle des nappes alluviales le long des oueds est l’une des voies pour sauver ces ouvrages, et rappelle qu’avec une khettara, le prélèvement ne dépasse jamais la recharge naturelle [29]. Une khettara à sec peut donc revenir, si la nappe remonte sous sa galerie. Les pluies diluviennes de fin août et septembre 2024 sur le Sud-Est atlasique [33], puis celles de l’hiver 2025, qui ont porté le remplissage des barrages de l’agence Guir-Ziz-Rheris à 53 % en mars 2025 contre 19 % un an plus tôt [34], offrent un nouveau test, mais aucune mesure publiée du débit des khettaras après ces pluies ne m’est connue.

Le même rapport cite l’entretien insuffisant, faute de main-d’œuvre, l’ensablement et les dégâts des crues [4]. La fin des obligations de travail qui pesaient sur les haratin a aussi privé les khettaras de leurs curateurs [9].

Au Haouz, les khettaras se sont taries, à quelques exceptions près, entre les années 1970 et 2000, du fait de la surexploitation des nappes par les pompages [4, 45]. Au Tafilalet, il ne restait que 19 des quelque 80 khettaras historiques au début des années 1990 selon Lightfoot [9], et 191 des 410 galeries inventoriées dans l’ensemble de l’Est sud-atlasique coulaient encore lors de l’inventaire de 2003 [4]. L’étude menée en 2022 sur le tourisme y ajoute un facteur moins mesurable : le désintérêt d’une partie de la population pour ces ouvrages [14].

La palmeraie de Marrakech : des palmiers sur un sol nu, entre les buttes de puits de khettaras taries. Photo Alex, CC BY-SA 3.0.

9. Réhabiliter et conduire aujourd’hui

Réhabiliter une galerie ne sert à rien si la nappe qui la nourrit continue de baisser. Les programmes menés depuis trente ans le montrent : on sait réparer l’ouvrage, on sait beaucoup moins protéger sa ressource.

L’ORMVA du Tafilalet a traité environ 200 khettaras en neuf ans, pour environ 110 000 dirhams chacune, avec une ligne budgétaire de 22,1 millions de dirhams entre 1995 et 2002 [2]. Les travaux ont porté sur 59,4 km de galeries, soit 4,5 % de leur longueur totale : reprofilage, prolongement vers l’amont, revêtement en maçonnerie ou en béton, couverture par dalles, tuyaux en PVC de 200 à 400 mm dans les graviers qui fuient, murs contre les crues et margelles surélevées [2]. Le rapport japonais ne chiffre aucun gain de débit dû à ces travaux, et juge difficile de prévoir l’effet d’un prolongement sans étude hydrogéologique [2]. Le Programme Oasis Tafilalet, mené de 2006 à 2016 avec le PNUD, a aussi restauré des khettaras, Omaria en 2011 et Litama en 2013, et balisé la Route du Majhoul, un circuit touristique [47].

Dans la Ferkla, des pompes solaires injectent depuis 2020 de l’eau de puits ou de forage dans la khettara, en tête du bassin traditionnel, parfois après stockage dans un bassin de 1 200 à 2 200 m³ pour livrer un débit presque constant sur 24 heures [5]. Le dispositif sauve l’accès collectif à l’eau à court terme, mais les auteurs préviennent qu’il ajoute au rabattement de la nappe et ne garantira pas la survie des khettaras sans régulation des prélèvements [5]. Il pompe dans la nappe même que la galerie draine.

Reste ce qui manque, et que l’on peut faire. Les sources convergent vers six conditions, qui valent grille de diagnostic sur le terrain.

Premier point : protéger la nappe en amont. Un périmètre où l’on limite les forages, autour du tronçon capteur, compte plus que tout le béton de la galerie. L’étude de la Ferkla conclut à des règles d’accès à la nappe qui s’imposent à tous [5] ; le périmètre en est la traduction que je propose.

Deuxième point : recharger. La nappe vit des crues et de l’irrigation [1]. Laisser les crues s’étaler et s’infiltrer en amont, par des seuils et des épandages, nourrit directement la galerie. Des essais existent déjà dans la région : collecte des crues pour recharger la nappe d’une exploitation de palmiers [35], et enquête sur la disposition des collectifs de Todgha et de la Ferkla à installer des dispositifs de recharge [36].

Troisième point : ne pas étancher le tronçon capteur. On ne revêt que la galerie de transport, et seulement là où l’eau perdue ne profite à personne en aval ; ailleurs, les fuites rechargent la nappe des autres.

Quatrième point : mesurer. Un débit relevé chaque mois à la sortie et un piézomètre en tête de galerie disent mieux que tout si la ressource tient. Le rapport japonais regrette justement de ne pouvoir chiffrer l’effet des travaux [2].

Cinquième point : tenir l’institution. Droits d’eau, part de travail, caisse d’entretien : sans le groupe des ayants droit, l’ouvrage réhabilité s’ensable de nouveau [4, 8].

Dernier point : arroser mieux au bout de la galerie. Chaque litre gagné à la parcelle, par le nivellement, le paillage ou la conduite au tensiomètre, laisse de l’eau dans la nappe, à condition de ne pas l’employer à irriguer de nouvelles surfaces.

Mesurer avant d’arroser : le tensiomètre dit quand ouvrir la seguia, pas le calendrier. Gravure IA.

À ma connaissance, aucune étude ne suit sur plusieurs années une khettara réhabilitée en mesurant à la fois son débit, sa nappe et les forages voisins. C’est pourtant la seule façon de savoir ce que vaut une réhabilitation.

10. Ce que la khettara nous enseigne aujourd’hui, et ce que cela vaut

Creuser de nouvelles khettaras n’a presque plus de sens : à environ 750 journées de travail par litre-seconde [8], et sur des nappes déjà rabattues, le calcul ne tient pas. Ses principes, eux, répondent directement aux problèmes actuels de l’eau au Maroc. Les deux premiers sont développés ci-dessous ; les autres figurent dans un tableau classé par pertinence.

Premier enseignement : on ne préserve que l’eau dont on connaît le débit

La société des khettaras vivait d’un débit connu de tous. L’eau sort à un seul endroit, à la vue du ksar ; chacun voit ce qu’elle donne cette année, et la nouba partage ce débit entre les ayants droit [4]. Quand il baisse, tout le monde le constate le même jour, et c’est le groupe qui décide de curer, d’allonger la galerie ou de réduire les surfaces. Le principe tient en peu de mots : on ne partage, et donc on ne préserve, que ce que l’on mesure.

Le débit de la khettara dit aussi l’état de la nappe. Les relevés de 2003-2004 distinguent d’un coup d’œil la nappe qui tient, celle qui répond aux crues et celle qui s’épuise [3]. C’est un instrument de mesure gratuit, déjà en place, qui travaille jour et nuit.

Un réseau de khettaras est ainsi le baromètre de l’équilibre entre ce que la nappe reçoit et ce que nous lui prenons. Rapporté aux crues de l’année, il devient le témoin de notre surconsommation : si le débit baisse alors que les crues ont été normales, c’est le prélèvement qui parle. Chaque galerie lit la nappe sur toute la longueur de son tronçon capteur, plusieurs centaines de mètres, là où un piézomètre ne voit qu’un point. Les sources jouent le même rôle : après les pluies de l’hiver 2025, Ain Meski, la source bleue de la vallée du Ziz, s’est remise à couler après plus de trois ans à sec [34].

Ce baromètre a quatre limites, qu’il faut connaître pour le lire juste. Il confond sécheresse et pompage tant qu’on ne le rapporte pas à la recharge de l’année. Il s’arrête à zéro : une galerie sèche ne dit plus si la nappe est à un mètre ou à vingt sous son radier. L’entretien fausse la lecture, puisqu’une galerie ensablée débite moins sans que la nappe ait bougé, et qu’une galerie allongée cache la baisse. Enfin, il ne voit que la nappe superficielle : si les forages pompent un aquifère plus profond et mal relié, la khettara peut rester stable pendant que celui-ci s’épuise. Pour en faire un indicateur public, il faut donc tenir ensemble trois relevés : le débit mensuel à la sortie, les crues ou la pluie de l’année, et les travaux faits sur la galerie.

C’est ce savoir qui manque aujourd’hui. Dans la Ferkla, l’agence de bassin a autorisé environ 200 stations de pompage, alors que l’ORMVA en compte 415 en service [5] : personne ne sait combien la nappe donne réellement, ni combien on lui prend. Au Maroc, environ la moitié des nappes seraient surexploitées, avec un accès aux forages majoritairement individuel et peu contrôlé [18]. La leçon de la khettara se traduit en trois gestes : un compteur sur chaque forage, un relevé régulier du débit des khettaras encore actives comme témoin de la nappe, et des volumes autorisés qui restent sous la recharge mesurée.

Deuxième enseignement : préserver l’oasis, c’est interdire les forages qui ruinent les ouvrages existants

Dans une oasis à khettara, un forage creusé plus profond, souvent en amont, prend l’eau avant la galerie : l’ouvrage s’arrête alors que l’eau est toujours là, plus bas. Dans la Ferkla, un agriculteur d’Ait Oulghoum date la chute de sa khettara de la mise en service de forages d’eau potable en amont [5]. Au Tafilalet, les quelque 750 puits équipés de pompes recensés par Lightfoot ont accompagné la disparition de la plupart des galeries [9]. Au Haouz, les khettaras se sont presque toutes taries en un demi-siècle [4, 45]. Le mécanisme est toujours le même : le forage rabat la nappe sous le radier, et l’ouvrage qui servait tout un ksar s’arrête au profit de quelques parcelles.

La tradition avait déjà la règle. Le droit musulman reconnaît autour d’un puits, d’une source ou d’un canal un harîm, une zone protégée où nul ne peut creuser un nouveau puits qui porterait préjudice au premier [15]. L’école malikite, celle du Maroc, ne fixe pas de distance uniforme : elle la fait dépendre de la nature du sol, du volume du puits et du nombre de ses usagers [15]. Voilà, avec mille ans d’avance, un critère hydrogéologique : la zone à protéger dépend de la façon dont l’eau circule dans le terrain.

Le droit moderne en a les outils. La loi 36-15 sur l’eau prévoit des périmètres de sauvegarde et d’interdiction, dont le décret d’application, qui encadre les autorisations à l’intérieur de ces périmètres, a été adopté en Conseil de gouvernement le 6 février 2025 [16]. L’outil n’est pas théorique : un périmètre de sauvegarde a déjà été délimité dans la plaine de Chtouka en 2017, avec déclaration de l’état de pénurie, arrêt des autorisations pour toute extension irriguée, compteur scellé obligatoire, quotas et régularisation des prélèvements non déclarés [42]. La loi prévoit aussi des périmètres de protection autour des captages d’eau destinée à l’alimentation publique [16], et elle excepte de la domanialité publique les eaux sur lesquelles des droits historiques ont été régulièrement reconnus [17], ce qui peut être le cas des droits d’eau des khettaras.

J’en tire une proposition : classer en périmètre d’interdiction la zone d’alimentation de chaque khettara encore active, c’est-à-dire le tronçon capteur et la nappe en amont du puits mère, sur une largeur fixée par l’hydrogéologie du site, comme le voulaient les malikites. Aucun forage nouveau n’y serait autorisé ; les forages existants y seraient équipés de compteurs et plafonnés. Une khettara qui alimente les fontaines d’un ksar pourrait aussi relever des périmètres de protection des captages publics. Ces deux pistes restent à vérifier juridiquement, au cas par cas, avec l’agence de bassin. L’interdiction seule ne suffira pas sans contrôle : l’écart entre 200 stations autorisées et 415 en service dans la Ferkla le montre [5].

Le miroir d’Oman et de l’Iran : le harîm écrit dans la loi

Le même ouvrage, sous d’autres noms, vit encore à Oman et en Iran. En arabe classique, falaj veut dire diviser en parts [37] : comme la khettara, le mot désigne autant le partage que la galerie. Oman compte quelque 3 000 aflaj encore en fonctionnement, dont cinq sont inscrits au patrimoine mondial depuis 2006 [37]. En Iran, berceau du qanat, un recueil de droit des qanats, le Kitab-e Qani, remonterait au IXe siècle selon Cressey, et la coutume fixait un écart minimal entre deux lignes de puits et une zone réservée, le harîm, autour de chaque sortie [39].

Oman a fait ce que propose cet article. La loi de 2017 sur la protection des aflaj inscrits au patrimoine mondial interdit tout nouveau puits autour du falaj, et toute modification des puits existants dans sa zone d’alimentation sans permis du ministère ; elle confie la gestion au système traditionnel omanais [38]. C’est le harîm malikite écrit en droit moderne, avec la zone d’alimentation pour périmètre.

L’Iran montre la limite. La loi de 1983 a déclaré publiques toutes les eaux du pays, et une loi de 2010 s’est attaquée aux puits non autorisés ; les nappes iraniennes continuent pourtant de baisser [41]. Une analyse de ces deux lois montre qu’elles posent surtout des normes, avec peu de sanctions prévues [41]. La recherche iranienne a produit l’outil qui manque au Maroc : le harîm hydraulique d’un qanat se calcule par modélisation de la nappe. À Birjand, il s’étend avec les années et vers les terrains les plus perméables [40]. La largeur du périmètre proposé plus haut pour chaque khettara peut donc être calculée, et non fixée au jugé.

Oman protège la zone d’alimentation de ses aflaj, l’Iran sait la dessiner sans la faire respecter, et le Maroc, qui a la loi 36-15 et la tradition du harîm, n’a encore ni le calcul ni le contrôle.

Les autres leçons, et leur pertinence

Les autres leçons se ramènent presque toutes à l’échelle : ce que la parcelle perd, le bassin le récupère souvent, et les programmes d’économie d’eau qui l’oublient déplacent le problème sans le résoudre. Elles reposent sur la même base que les deux premiers enseignements : connaître ce que la nappe donne, et empêcher qu’un seul prélèvement prenne ce qui fait vivre tous les autres.

Le pompage solaire de la Ferkla montre où passe la limite [5]. Il sauve l’accès collectif à court terme, mais il pompe dans la nappe même que la galerie draine. Il ne devient une leçon utile que s’il est plafonné au volume que la nappe recharge, c’est-à-dire s’il obéit à la règle de la khettara.

11. Au Maroc et en Espagne : ce que la khettara nous apprend, et ce qu’il faut changer

Un forage après l’autre

Au Maroc, la même histoire se répète à chaque nouvelle pompe. La pompe diesel arrive au Tafilalet en 1965 et, trente ans plus tard, la plupart des khettaras historiques sont mortes [9]. Le Haouz perd presque toutes ses galeries en un demi-siècle [4, 45]. Dans la Ferkla, le pompage solaire passe d’une vingtaine de stations en 2013 à plus de 180 en 2020, et les extensions irriguées ont plus que doublé entre 1984 et 2021 [5]. À chaque fois, la technique change, et le résultat reste le même : un prélèvement individuel sans plafond vide la nappe que l’ouvrage collectif partageait. Le pays a pourtant les outils : la loi 36-15, les périmètres d’interdiction dont le décret a été adopté en février 2025 [16], et les contrats de gestion participative des nappes, lancés dès 2006 dans le Souss [18].

En Espagne, le patrimoine est commun, l’échec aussi. Le qanat y est connu dès 753-754 [12], et Madrid s’est alimentée du XVIIe au XIXe siècle par des viajes de agua construits sur le modèle du qanat, dont l’origine musulmane reste discutée [13, 31]. L’Espagne connaît la même dérive que le Maroc : selon le WWF, un aquifère sur quatre y est surexploité, et une estimation reprise par la même organisation compte plus d’un demi-million de puits illégaux dans le pays [19]. En juin 2021, la Cour de justice de l’Union européenne a condamné l’Espagne pour des manquements à la directive-cadre sur l’eau et à la directive Habitats autour de Doñana, notamment pour n’avoir pas tenu compte des prélèvements illégaux dans ses bilans [20].

Mais l’Espagne a aussi apporté la contre-preuve. À Doñana, quand la confédération hydrographique du Guadalquivir a arrêté les prélèvements du domaine de Los Mimbrales, qu’elle avait racheté, en 2016, le niveau de la nappe, en alarme en 2014 et 2015, n’a plus cessé de remonter, jusqu’à revenir à l’état normal [21]. Arrêter les forages fait remonter une nappe, et vite. C’est la leçon de la khettara, mesurée sur le terrain.

Et l’Espagne a réinventé l’institution de la khettara par la loi. Depuis la loi de 1985, les eaux souterraines y sont publiques, même si les puits privés antérieurs ont pu être conservés, inscrits soit au registre des eaux pour cinquante ans à compter de 1986, soit au catalogue des eaux privées, fermé en 2001 [22, 43]. Les usagers d’une nappe déclarée à risque doivent, à la demande de l’organisme de bassin, se constituer en communauté d’usagers, chargée de surveiller les prélèvements, d’installer les compteurs et de signaler les irrégularités [22]. Un arrêté de 2024 impose des compteurs à télétransmission, avec des échéances qui courent de novembre 2025 à novembre 2028, et jusqu’en 2029 pour les plus petits irrigants [22]. Un groupe d’usagers d’une même nappe, responsable de sa mesure et de son partage : c’est la jmaa de la khettara, écrite dans le droit moderne.

Ce qu’il faut changer au Maroc

D’abord, compter tous les prélèvements. Un compteur sur chaque forage agricole, relevé et publié nappe par nappe, sur le modèle des compteurs télétransmis espagnols. Les débits des khettaras encore actives, relevés chaque mois, deviennent l’indicateur public de l’état de chaque nappe d’oasis.

Ensuite, interdire les forages qui menacent les ouvrages existants. Classer en périmètre d’interdiction la zone d’alimentation de chaque khettara active, au titre des articles 111 à 113 de la loi 36-15 [16], et fermer les stations non autorisées : l’écart entre 200 autorisées et 415 en service dans la Ferkla montre où commence le problème [5].

Plafonner aussi les surfaces. Conditionner toute aide au pompage, solaire compris, à un plafond de surface et de volume, sans quoi l’eau gagnée part irriguer de nouvelles extensions.

Recharger la nappe. Orienter une part des lâchers de barrage et des crues vers l’infiltration en amont des palmeraies, puisque la nappe du Tafilalet vit des crues [1].

Confier enfin la nappe à ses usagers, avec de vrais pouvoirs. Donner aux contrats de nappe la force des communautés d’usagers espagnoles, et les bâtir sur les institutions qui existent déjà : la jmaa, le cheikh de la khettara, les ayants droit. Sans reconduire l’ancienne hiérarchie : les droits d’eau des khettaras étaient hérités et inégaux, le curage reposait sur le travail des haratin, et pour beaucoup de familles sans droits le forage a ouvert un accès à l’eau qu’elles n’avaient pas. Une communauté de nappe doit donc ouvrir ses droits à tous les usagers réels, forages compris, en échange de leur part de mesure et de contrôle.

Ce qu’il faut changer en Espagne

Appliquer d’abord sa propre loi. Fermer les puits illégaux, comme l’ont fait la confédération du Guadalquivir pour 77 puits à Lucena del Puerto en 2019-2020 [21], plutôt que de régulariser les surfaces irriguées sans droit.

Protéger ensuite les galeries qui restent. Inventorier les galerías, minas et qanats encore en eau, les protéger comme patrimoine et relever leur débit comme témoin des nappes.

Faire enfin des communautés d’usagers des gardiens plutôt que des syndicats. Leur rôle de contrôle, prévu par la loi, n’a de sens que si les volumes alloués restent sous la recharge mesurée.

12. En France : ce que la khettara nous apprend, et ce qu’il faut changer

Des galeries sous nos villes

La France a eu ses galeries drainantes. Sous les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse, à Lyon, des galeries de captage ont alimenté la ville depuis au moins le Ier siècle jusqu’au XIXe siècle ; elles recueillaient les sources ou les suintements au toit d’une couche d’argile, et pouvaient livrer ensemble plusieurs milliers de mètres cubes par jour [23]. En Provence, on appelle « mines d’eau » des galeries creusées pour capter les eaux souterraines, à Riez, Valensole, Artignosc ou autour d’Aix [24]. Le principe de la khettara n’est donc pas exotique : il dort sous nos villes et nos coteaux, souvent oublié.

La France a déjà écrit les règles de la khettara. Depuis la loi sur l’eau de 1992, tout ouvrage de prélèvement en eau souterraine, même domestique, doit disposer de moyens de mesure appropriés ; dans les zones de répartition des eaux, en déficit chronique, tout prélèvement d’une capacité d’au moins 8 m³/h relève de l’autorisation et, en dessous, de la déclaration ; ailleurs, les seuils portent sur le volume annuel, 10 000 m³ pour la déclaration et 200 000 m³ pour l’autorisation [25, 44]. Depuis 2009, chaque puits ou forage domestique doit être déclaré en mairie, et au titre du code minier s’il dépasse 10 m [26]. Dans les bassins en déficit agricole, un organisme unique de gestion collective répartit chaque année le volume prélevable entre les irrigants, sous le contrôle du préfet [26]. Mesurer, partager un volume fini entre ayants droit, au sein d’un groupe responsable : la société des khettaras ne faisait pas autre chose.

Mais le savoir du débit reste incomplet. Le Plan eau de mars 2023 vise 10 % de prélèvements en moins d’ici 2030 par rapport à 2019 [27], et rappelle qu’il faudra mesurer les prélèvements pour les réduire au niveau que la ressource peut supporter [28]. Trente ans après l’obligation de comptage, la mesure reste donc un objectif. Aucun chiffre fiable ne m’est connu sur la part des forages domestiques réellement déclarés, ce qui est en soi un indicateur de ce qui manque.

Ce qu’il faut changer en France

D’abord, fonder le volume prélevable sur la recharge mesurée. La khettara ne peut prendre que ce que la nappe cède ; le volume réparti par les organismes de gestion collective devrait obéir à la même limite physique, et non à la demande des usages.

Rendre ensuite la mesure effective et publique. Des compteurs réellement posés et relevés sur tous les forages, domestiques compris, avec des données publiées nappe par nappe.

Faire aussi des vieilles galeries et des sources des sentinelles. Le débit d’une mine d’eau ou d’une source captante dit l’état de la nappe, gratuitement ; il faudrait les inventorier, les protéger et les suivre.

Protéger de même les ouvrages existants contre les forages nouveaux. Sur le modèle du harîm, et des périmètres de protection des captages d’eau potable, interdire les forages qui rabattraient la nappe d’une source, d’une galerie ou d’un captage communal dont dépend tout un village.

Recharger, enfin, plutôt que bétonner. Garder en terre les canaux gravitaires qui nourrissent les nappes d’accompagnement, et laisser l’eau de pluie s’infiltrer là où elle tombe, au lieu de l’évacuer.

La France prévoit déjà ce que la khettara faisait par habitude : mesurer, partager un volume fini, tenir un groupe responsable de son partage. Ce qui manque, ce sont les compteurs réellement posés et les relevés publiés.

Glossaire

Les termes techniques, locaux et juridiques employés dans l’article, par ordre alphabétique.


Références

Sources consultées le 29 octobre 2026.

1. Margat J., 1961. Hydrogéologie de la plaine du Tafilalt (Maroc pré-saharien). La Houille Blanche, n° spécial B.

2. JICA et ORMVA du Tafilalet, 2005. Annexe B, Réhabilitation des khettaras, étude du projet de développement des communautés rurales à travers la réhabilitation des khettaras.

3. JICA et ORMVA du Tafilalet, 2005. Tableaux par secteur et suivi des débits 2003-2004.

4. JICA et ORMVA du Tafilalet, 2005. Rapport final, chapitre 1, introduction.

5. Khardi Y., Lacombe G., Kuper M., Taky A., Bouarfa S., Hammani A., 2023. Pomper ou disparaître : le dilemme du renforcement des khettaras par le pompage solaire dans les oasis du Maroc. Cahiers Agricultures 32, 1.

6. Ait El Mekki O., Laftouhi N.-E., Hanich L., 2017. Estimate of regional groundwater recharge rate in the Central Haouz Plain, Morocco, using the chloride mass balance method and a GIS. Applied Water Science 7(4), 1679-1688.

7. Nahid A., El Mandour A., Juilleret J. Morphological typology of khettaras (Haouz plain of Marrakech, Morocco).

8. Ourahou M., ORMVA du Tafilalet, 1998. Étude khettara Tafilalet, Errachidia.

9. Lightfoot D. R., 1996. Moroccan khettara: traditional irrigation and progressive desiccation. Geoforum 27(2), 261-273.

10. El Khoumsi W., Hammani A., Bouarfa S., Bouaziz A., Ben Aissa I., 2017. Contribution de la nappe phréatique à l’alimentation hydrique du palmier dattier dans les zones oasiennes. Cahiers Agricultures 26, 45005.

11. Sabri A., Bouaziz A., Hammani A., Kuper M., Douaik A., Badraoui M., 2017. Effet de l’irrigation déficitaire contrôlée sur la croissance et le développement foliaire du palmier dattier. Cahiers Agricultures 26, 55005.

12. Barceló M., 1983. « Qanat(s) » a al-Andalus. Documents d’anàlisi geogràfica, Universitat Autònoma de Barcelona.

13. Fernández-Tapia E. J., Bermúdez-González J. L., Barrera-Vera J. A., Carretero-Ayuso M. J., 2024. New perspectives in the investigation of qanats in the central area of the Iberian Peninsula. Water History 16, 21-43.

14. Beraaouz M., Abioui M., Hssaisoune M., Martínez-Frías J., 2022. Khettaras in the Tafilalet oasis (Morocco): contribution to the promotion of tourism and sustainable development. Built Heritage 6, 24.

15. Turkiye Diyanet Vakfı. Harîm, TURKİYE DİYANET VAKFI İslam Ansiklopedisi.

16. Royaume du Maroc. Travaux du Conseil de gouvernement du jeudi 6 février 2025, décrets n° 2.25.61 et 2.25.62 pris en application de la loi 36-15.

17. Loi n° 36-15 du 10 août 2016 relative à l’eau, fiche UNEP LEAP.

18. Contrats de gestion participative des eaux souterraines au MarocOuassissou R., Kuper M., Dugué P. et al., 2019. Rivalités et arrangements collectifs pour l’accès à l’eau souterraine au Maroc. Cahiers Agricultures 28, 4 ; et Closas A., Villholth K. G., 2016. Aquifer contracts: a means to solving groundwater over-exploitation in Morocco? IWMI.

19. Pallarés E., 2023. Article sur la proposition de loi d’irrigation de Doñana, chiffres du WWF. La Marea, 12 avril 2023.

20. La Commission européenne ouvre une procédure contre l’Espagne pour non-exécution de l’arrêt Doñana. The Diplomat in Spain, juillet 2022 (arrêt CJUE C-559/19 du 24 juin 2021).

21. WWF Espagne, 2020. Informe del estado del acuífero de Doñana, juillet 2020.

22. García Carretero M., 2024. Derechos en el uso del agua : estructura y horizonte temporal de las aguas subterráneas.

23. Bernot E., 2023. Alimenter la ville de Lyon en eau : les galeries de captage antiques sous les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse. Gallia 80(1), 407-420.

24. Muséum d’histoire naturelle d’Aix-en-Provence, 2026. Les mines d’eau dans le Verdon et la région aixoise.

25. Sénat, 2008. Réponse ministérielle à la question n° 03464 sur le comptage des prélèvements, JO du 18 septembre 2008.

26. Chambre d’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté, 2022. Fiche forage, retenue et irrigation.

27. Banque des Territoires, 2023. Plan Eau : Emmanuel Macron veut conforter le rôle des élus locaux.

28. Banque des Territoires, 2023. Les principales mesures du Plan Eau intéressant les collectivités.

29. El Mandour A. Moroccan khettaras : the system of khettaras in Morocco, from the 10th century to the present day. Global Network of Water Museums (UNESCO-PHI).

30. Liebenberg P. J., Zaid A. Date palm irrigation. FAO, Date Production Support Programme.

31. Ayuntamiento de Madrid. Historia del viaje de agua de Amaniel.

32. El Ouali A., Roubil A., Lahrach A. et al., 2024. Assessments of groundwater recharge process and residence time using hydrochemical and isotopic tracers under arid climate: insights from Errachidia basin (Central-East Morocco). Groundwater for Sustainable Development 25.

33. Médias24, 21 septembre 2024. Pourquoi la région de Tata est si exposée aux risques d’inondations.

34. TelQuel, 12 mars 2025. À Tafilalet, les oasis reprennent vie après les pluies salvatrices.

35. Khardi Y., Lacombe G., Dewandel B., Hammani A., Taky A., Bouarfa S., 2024. Conjunctive use of floodwater harvesting for managed aquifer recharge and irrigation on a date farm in Morocco. Irrigation and Drainage 73(4), 1424-1436.

36. Zein Taleb Z., Khardi Y., Lacombe G. et al., 2024. Prendre soin de la nappe : quelles possibilités et quelles prédispositions des collectifs d’agriculteurs des oasis de Todgha Ferkla (Maroc) à installer des dispositifs de recharge de la nappe ? Alternatives Rurales, hors-série Oasis.

37. ICOMOS, 2006. Évaluation n° 1207, The aflaj irrigation systems of Oman. UNESCO, Centre du patrimoine mondial.

38. Sultanat d’Oman, décret royal 39/2017 sur la gouvernance et la protection des sites d’aflaj inscrits au patrimoine mondial ; Oman Observer, interdiction des nouveaux puits près des aflaj.

39. Cressey G. B., 1958. Qanats, karez and foggaras. Geographical Review 48(1).

40. Qanat’s hydraulic harim determination by the usage of meshless numerical methodMohtashami A., Al-Ghafri A. S., Akbarpour A., 2023. Qanat’s hydraulic harim determination using the meshless numerical method. Journal of Hydroinformatics 25(3), 1103-1120.

41. Mirzaei A., Theesfeld I., 2025. Diving deep into legal layers: institutional grammar’s insight into Iran’s groundwater laws. Water Policy 27(4), 477-500.

42. décret n° 2-17-596 du 10 octobre 2017Royaume du Maroc, portant délimitation du périmètre de sauvegarde de Chtouka et déclarant l’état de pénurie d’eau à l’intérieur de ce périmètre. FAOLEX.

43. Ministerio para la Transición Ecológica, Aprovechamientos de aguas anteriores a la Ley de Aguas 29/1985.

44. Code de l’environnement, article R.214-1, nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités, rubriques 1.1.2.0 et 1.3.1.0 ; tableau détaillé de la DRIEAT Île-de-France, mars 2024.

45. IRD. La gestion des galeries drainantes (khettaras) au Maroc, citant Pascon 1983 et El Faiz 2002. Documentation IRD Horizon.

46. Community-based archaeological survey of the khettara oases along the Jebel Bani, 2024. Journal of Community Archaeology and Heritage.

47. Direction de l’aménagement du territoire et PNUD, 2016. Programme Oasis Tafilalet 2006-2016, document de synthèse : restauration des khettaras Omaria (2011) et Litama (2013), Route du Majhoul.

48. Ourahou M., ORMVA du Tafilalet. Étude de sauvegarde des khettaras dans le Tafilalet, cas de la zone Fezna-Jorf-Hannabou. Note de synthèse, vers 2002-2003, mise en ligne par l’auteur sur SlideShare.

Précédent
Précédent

Le pacte laissé libre, 1 : les trois règles

Suivant
Suivant

La goutte